
Des récentes tensions entre la Chine et les Européens, il faut retenir une double ignorance : les Européens continuent de ne pas comprendre la nature des progrès et l'essentiel des difficultés de la Chine. Les critiques européennes sur le Tibet font écho, d'une part, au stéréotype d'une tyrannie immobile, et, d'autre part, au sentiment d'une menace économique qu'on voudrait bien endiguer grâce à un peu de protectionnisme.
Or l'Etat de droit progresse en Chine : davantage de tribunaux, de droits pour la défense, de liberté familiale, de campagnes de presse contre les abus des autorités locales ; moins d'exécutions aussi, de journalistes ou d'internautes en prison, etc. Cette modernité nouvelle, les nationalistes chinois les plus modérés nous reprochent de la passer sous silence, et de renvoyer l'ensemble du pays à une sorte d'essence totalitaire dans laquelle il ne se reconnaît plus.
La puissance de l'économie chinoise est perçue comme une menace par 57 % des Allemands, 60 % des Italiens et 64 % des Français, selon une étude que citait l'AFP en décembre 2007. C'est mal mesurer le poids des économies respectives : la Chine, en PNB, c'est à peu près la moitié du Japon, une grosse Italie ou une grosse France, pas plus. Quant à la croissance, elle reste suspendue à l'issue de la crise boursière et bancaire interne, à la pénurie de main-d'œuvre qualifiée, à la hausse du coût des matières premières, à la dégradation de l'environnement. Les exportations chinoises restent vulnérables, du fait des faibles standards de qualité.
Symétriquement, les Chinois connaissent mal l'Europe. Fascinés par les Etats-Unis, ils voient dans les grands pays européens des économies et des puissances politiques de second rang. Quant à l'Union européenne, elle leur paraît être un hybride dont la gouvernance est trop diffuse et compliquée : qui s'occupe de l'euro, dont le succès impressionne pourtant les Chinois ? Qui est chargé du commerce ? Qui décide en dernier ressort ? D'où la faible intensité des relations réelles : le partenariat stratégique de 2003 demeure assez vide ; l'accord-cadre pour les relations économiques reste le vieux texte de 1985, dont la renégociation n'a commencé qu'en janvier dernier. Pourtant, l'Union est le premier partenaire commercial de la Chine, représentant 15 % de son commerce. Elle est aussi son premier partenaire pour les transferts de technologies (1).
De ces ignorances résultent d'inévitables tensions, dont les péripéties de la flamme olympique ne sont qu'un symptôme. Spasmes protectionnistes et mobilisations en Europe, comme si la Chine était toujours l'Etat totalitaire des années 60. Menaces commerciales et ripostes propagandistes du côté chinois, comme si l'Europe ne comptait pas vraiment. En bref, une crise de maturité réciproque.

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