Crise financière

Haro sur les spéculateurs et la vente à découvert

Source AFP, Reuters -  19/09/2008 17:29  - L'Expansion.com 
 

Les gendarmes de la bourse américain et britannique ont stigmatisé la responsabilté des spéculateurs dans la crise en suspendant la possibilité de vendre à découvert des valeurs financières. Retour sur une technique très décriée.

Face à l’effondrement des valeurs financières, les régulateurs boursiers des Etats-Unis et du Royaume-Uni ont décidé d’interdire temporairement la vente à découvert de ces titres. Le président de la SEC américaine, Chritopher Cox justiifie la mesure en affichant sa détermination à « utiliser toutes les armes de son arsenal pour combattre les manipulations du marché qui menacent les investisseurs et les marchés de capitaux ».

La vente à découvert – ou short selling - est pourtant légale. Elle consiste à vendre un titre qu’on a seulement emprunté, en espérant le racheter plus tard à un prix moins élevé pour le rendre au prêteur. Ce qui permet de dégager un bénéfice. Autrement dit, il s’agit de parier sur la chute des cours. Les fonds spéculatifs, qui sont parmi les premiers à recourir à ce genre de pratique, empruntent généralement à des investisseurs institutionnels, comme les fonds de pension, les titres qu'ils vendent en échange d'une rémunération.

Une pratique suspendue pendant la crise

Dans son communiqué, la SEC rappelle d’ailleurs que « dans des conditions normales de marché, la vente à découvert contribue à l’efficacité des prix et la liquidité des marchés ». Mais que dans les circonstances actuelles, elle contribue à la pression baissière sur une société cotée en difficulté. Elle a ainsi été mise en cause dans la débâcle boursière de Lehman Brothers et de la britannique HBOS, deux débâcles qui ont contribué à exacerber la crise.

Le gendarme boursier américain a donc décidé d’interdire pendant 10 jours les ventes à pertes sur 799 valeurs financières, avec possibilité d’étendre la mesure jusqu’à 30 jours au total. Elle déclare par ailleurs continuer à envisager une extension à d’autres valeurs.

Méfiance internationale

Son homologue britannique l'Autorité des Services Financiers (FSA) a frappé encore plus fort avec une interdiction de quatre mois sur 29 banques et autres institutions financières. Les régulateurs suisse, irlandais et australien entre autres leur ont emboîté le pas.

En France, l'Autorité des marchés financiers s'est contentée d'un rappel à l'ordre aux investisseurs, sans interdire la pratique des ventes à découvert sur la place de Paris. Dans un communiqué, elle a indiqué qu'elle serait d'une "vigilance et d'une sévérité extrêmes" pour faire respecter la règle de livraison dans les trois jours (J+3) de tout titre vendu sur Euronext Paris.

Beaucoup de professionnels approuvent ces mesures, comme le prouve aussi la hausse spectaculaire des valeurs financières britanniques. "Couper l'herbe sous le pied des vendeurs à découvert envoie un signal positif aux marchés, leur signifiant qu'il y aura moins de spéculateurs et mécaniquement moins de vendeurs sur les marchés", explique ainsi à l'AFP Yves Marçais, un vendeur d'actions chez Global Equities, à Paris.

Des hedges funds se rebiffent

Mais des hedge funds se montrent plus critiques, en faisant valoir les problèmes de fond auxquels sont confrontées les banques. "S'ils pensent que cela va résoudre le problème, on marche sur la tête", a estimé sous le couvert de l'anonymat le directeur général d'un fonds basé au Royaume-Uni. "Parfois, les cours baissent tout simplement parce que les gens vendent réellement le titre (...) L'idée selon laquelle c'est dû uniquement aux hedge funds est absurde", a-t-il ajouté.

Selon Reuters, les statistiques sur les volumes de prêts-emprunts de titres, une bonne indication de l'étendue des ventes à découvert sur une valeur, lui donneraient en partie raison. Ils ne représentaient par exemple en début de semaine que l'équivalent de 2,8% du capital pour HBOS, 1,4% pour Royal Bank of Scotland ou 5% pour Barclays, trois banques britanniques dont la valeur a lourdement chuté.

Enquête en cours

L'Etat de New York n'en a pas moins lancé une enquête sur les ventes d'actions à découvert qui pourraient avoir joué un rôle dans la chute du cours boursier des banques Lehman Brothers, Goldman Sachs et Morgan Stanley. Le ministre de la Justice Andrew Cuomo veut découvrir si "des personnes individuelles ou des sociétés" adeptes de cette stratégie d'investissement n'ont pas "répandu des fausses rumeurs dans le but de faire baisser le cours d'une action".

 
 
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Commentaires - (1)
faustur 22/9/2008 Recommander 1

Ils ne représentaient par exemple en début de semaine que l'équivalent de 2,8% du capital pour HBOS, 1,4% pour Royal Bank of Scotland ou 5% pour Barclays, trois banques britanniques dont la valeur a lourdement chuté. 2.8, 1.4, et 5% du capital. OK, mais les transactions au comptant portent sur combien? peut-être moins que ça...

 
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