Pékin a décidé lundi de supprimer, à compter du 1er juin, ses taxes à l'export sur 81 catégories de produits. Prenant ainsi l'exact contre-pied de la stratégie d'apaisement qu'elle avait semblé enclencher il y a dix jours.
La Chine aime décidément brouiller les pistes dans l'affaire du textile. Pékin a en effet décidé lundi de supprimer, à compter du 1er juin, ses taxes à l'export sur 81 catégories de produits, prenant ainsi l'exact contre-pied de la stratégie d'apaisement qu'elle avait semblé enclencher il y a dix jours. Un revirement dont Guillaume Sarkozy, le président de l'Union des industries textiles (UIT), se dit convaincu qu'il "fait suite au non français" au référendum sur la Constitution européenne, synonyme d'affaiblissement de l'UE. Reste que la décision chinoise ne s'impose pas qu'au Vieux continent. C'est en effet en réponse aux clauses de sauvegarde déclenchées par l'Europe et les Etats-Unis sur certaines catégories de produits, que la Chine avait volontairement annoncé une hausse des droits de douane sur 74 produits, incluant pêle-mêle les fils de lin, pantalons et autres culottes. Ceci afin de freiner ses ventes pour ne pas mécontenter ses partenaires. Ces hausses sont aujourd'hui annulées, avant même d'avoir pris effet. Il reste donc uniquement 67 catégories de produis textiles à être soumis à des taxes. Ces dernières avaient pour but de freiner l'afflux massif de produits « made in China » en Occident, un afflux consécutif à la fin des quotas imposés à Pékin, effective depuis le 1er janvier.
Cet objectif a échoué, puisque les textiles chinois ont, de fait, déferlé aux Etats-Unis et en Europe, ce qui a amené les deux zones à prendre diverses mesures de contingentement. La dernière en date vient de l'UE qui, vendredi, avait demandé à la Chine d'ouvrir des consultations formelles à l'OMC sur les t-shirts et les fils de lin. Une demande qui ouvre la voie à la réinstauration de quotas, au moins temporaire. La guerre du textile risque donc de s'aggraver, aucun des camps ne semblant prêt au compromis. Le ministre chinois du commerce, Bo Xilai, a ainsi jugé, peu après la volte-face de Pékin, que la volonté américaine et européenne de limiter les exportations chinoises de textile était « infondée » et « erronée ». Le protocole d'accord sur l'entrée de la Chine à l'OMC et les statistiques de ventes de textile depuis le début de l'année font l'objet de divergences d'interprétation entre Pékin, Washington et Bruxelles. Divergences qui autorisent chacun à se croire dans son bon droit.

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