Deux mois après la grande messe écologique, les ONG ont le blues. Un point d’étape, jeudi, offrait l’occasion de remettre le Grenelle sur ses rails.
Où va le Grenelle de l’environnement ? Deux mois après la grand messe en faveur du développement durable, les ONG ont tapé du poing sur la table, lors du point d’étape organisé jeudi au ministère de l’écologie. Cette journée a également permis de conclure la dernière table-ronde, sur le traitement des déchets. Les ONG ont pu rappeler leur refus du « tout incinération ». Mais plus encore, elles en ont profité pour dire tout ce qu'elles avaient sur le cœur. Car les motifs de frictions abondent.
L’Alliance pour la planète et France Nature Environnement (FNE), qui regroupent de multiples associations, ont dénoncé avec d’autres ONG, mais aussi des syndicats (CGT, CFDT, CFTC…), un reniement des engagements pris lors du Grenelle. Et tout particulièrement en matière de transport : « les premières et principales décisions » prises en la matière « vont à contre sens », se sont-elles insurgées dans un communiqué commun.
Dans leur collimateur, les récentes annonces du premier ministre et du secrétaire d’Etat aux transports, en faveur du lancement de différents projets d’autoroutes (doublement de l’axe Saint-Etienne-Lyon, liaison Langon-Pau). Pourtant, épinglent ONG et syndicats, le texte récapitulatif de la table ronde du Grenelle, comme le discours de clôture de Nicolas Sarkozy, sont explicites : ils stipulent que « la route et l’avion deviennent des solutions de dernier recours ». Contradiction flagrante, dénoncent-ils. « Il y a eu cafouillage », relève Olivier Louchard, du Réseau Action Climat. En réalité, l’Etat peut arguer du motif de la sécurité, de l’encombrement et de l’intérêt local d’une région. « Ce qui justifie tous les projets autoroutiers », observe-t-il : « il y a tellement d’échappatoires que l’autoroute n’est en rien abandonné ».
Autre déception : l’éco-pastille. Le ministre de l’écologie a initialement parlé d’une taxe ou d’une prime, à l’achat du véhicule. Tollé chez les ONG. Jean-Louis Borloo s’est repris en promettant d’annualiser ce dispositif. Mais les associations déplorent son manque de lisibilité et de cohérence. La classe neutre est appliquée aux véhicules dont les émissions sont comprises entre 130 et 160 grammes. « Or cela représente 50% des véhicules particuliers neufs », rappelle Olivier Louchard : « la fourchette est beaucoup trop large », estime-t-il. De plus, elle chevauche l’étiquetage énergie, censé informer le client lors de son achat. « L’étiquette C étant comprise entre 120 et 140 grammes d’émissions, le client ne peut savoir s’il va ou non bénéficier du bonus », déplore pour sa part le Réseau Action Climat. « Il aurait fallu que la classe neutre soit entre 120 et 140 grammes », juge-t-il. « Et que les montants du malus soient plus dissuasifs ».
Outre le fond, la méthode a aussi suscité la déception des ONG. Jean-Louis Borloo s’est félicité du lancement et de l’avancée de 33 chantiers depuis deux mois. Il s’agit des comités opérationnels, chargés de mettre en pratique les annonces du Grenelle. « Mais dans ces chantiers, on est en droit de se demander quelle est l’importance des ONG », peste-t-on au WWF. « Si dans les commissions il y a un représentant des ONG pour 80 personnes en face, on n'a pas l’impression d’une négociation et d’une concertation à cinq » (Etat, collectivités, employeur, syndicats, ONG), déplore un de ses porte-parole.
« Est-ce que les ONG ont seulement servi de faire-valoir pendant trois jours ou va-t-on suivre ce qui a été annoncé », interroge-t-il. Selon lui, « si Nicolas Sarkozy tient à ce que le Grenelle soit une réussite, il faut que les ONG restent présentes. Et pour cela, il faut tenir les engagements ».

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