On l'a dit, l'histoire ne s'écrit plus dans les pays du Nord. Cela se vérifie dans le domaine financier. La grande phase de financiarisation qui avait commencé il y a vingt-cinq ans dans les pays occidentaux va connaître une pause - salutaire - après la crise de l'été 2007. Jamais le poids des institutions financières dans le PIB privé américain n'avait été aussi important qu'au milieu de la décennie. Jamais la part des profits des institutions financières n'avait été aussi forte. Jamais la part des firmes financières dans la capitalisation boursière n'avait été aussi élevée. Or cette « financiarisation » de nos économies s'est accompagnée de deux effets pervers.
Les banques américaines et - dans une moindre mesure - européennes ont recouru massivement à la titrisation. Celle-ci a favorisé une explosion de l'endettement des ménages adossé au logement, ce qui a conduit à une sous-estimation du risque pour un grand nombre d'actifs, en particulier les structures de crédit. Avec le dégonflement de la bulle immobilière, le désendettement des ménages et la revalorisation du risque, la purge financière est installée pour longtemps.
En revanche, les pays émergents présentent toutes les caractéristiques propices à une plus grande financiarisation. A commencer par le développement lui-même, qui implique une prise en charge d'une masse croissante de risques dont la couverture doit être mutualisée et redistribuée autant qu'il est possible. Une épargne abondante, une croissance forte, des fondamentaux macrofinanciers en amélioration (excédent courant, dette extérieure en baisse, solde public, désinflation...) offrent un contexte favorable.
Par ailleurs, la crise de 1997-1998 a laissé des traces en Asie, et l'encours du crédit domestique demeure inférieur à ce que justifierait le développement économique de ces pays, alors que l'institutionnalisation de l'épargne n'en est qu'à ses balbutiements. Enfin, il faut prendre en compte la volonté des autorités de moderniser les systèmes financiers afin d'allouer plus efficacement les ressources, d'améliorer la gouvernance des entreprises, de diversifier les sources de financement, de favoriser les privatisations et d'accroître les rendements. Bref, si les banques occidentales veulent retrouver des marges de croissance, elles devront elles aussi se tourner vers les pays émergents.

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