Santé

Etats-Unis: un système de santé qui n'assure pas

Laura Raim -  07/08/2009 15:59:00 
Jessica Rinaldi / Reuters
 

Malgré les vacances parlementaires, le débat va bon train sur la réforme santé d'Obama, dans les éditoriaux comme dans les assemblées municipales. L'Expansion.com fait l'état des lieux d'un modèle qui ne fonctionne pas.

Les Américains dépensent beaucoup d'argent sur la santé : plus de 2 mille milliards de dollars par an, soit 7400 dollars par personne, ou 16% du PIB.  De l'argent apparemment mal employé, puisque les Etats-Unis ne figurent qu'en 37ème place du classement OMS des systèmes de santé.

Des programmes publics à la fois insuffisants et sous-exploités

Dans son blog, Paul Krugman rappelle souvent à tous les libéraux qui craignent une implication gouvernementale, que l'Etat est présent depuis longtemps dans le système, et que c'est d'ailleurs "grâce à cela qu'il fonctionne à peu près." De fait, les programmes publics se chargent déjà de 46% des dépenses médicales, selon les analystes de la  Kaiser Family Fondation. Pour commencer, le "Medicare", établi en 1965, assure les invalides et les plus de 65 ans qui n'ont pas d'assurance privée. Avant sa mise en place, 40% des personnes âgées n'avaient aucune protection. Il y a ensuite le "Medicaid", qui concerne plus de 40 millions d'Américains à bas revenus. Cependant, de nombreux Américains, comme ceux qui n'ont pas d'enfants, ne sont pas éligibles. Et la moitié de ceux qui seraient éligibles ne s'inscrivent pas, par manque d'information ou par crainte du stigmate.

Les assurances par les employeurs en déclin

60% des personnes en âge de travailler sont assurés par leur employeur. Au niveau individuel, une police d'assurance coûte environ 4700 dollars par personne par an, et entre 13 000 et 17 000 dollars pour une famille de quatre personnes. Depuis 25 ans, les primes ont augmenté plus que les revenus et que l'inflation. "Cette formule marche assez bien, en grande partie parce qu'elle est réglementée par le gouvernement", explique Paul Krugman. Le client paie entre 15 et 25% de l'assurance de sa poche et l'entreprise paie le reste. Mais les petites et moyennes entreprises ne peuvent pas toujours se le permettre. La part d'entre elles qui offrent une police est ainsi passée de 67 à 38% entre 1995 et 2008 selon le National Small Business Association. Même dans les entreprises qui proposent une couverture, certains employés n'y ont pas accès, comme les travailleurs à mi-temps ou en période d'essai. 

Les contrats individuels rétroactivement annulables

Entre 5 et 6% des personnes en âge de travailler achètent leur assurance sur le marché privé. Il s'agit du système le plus défectueux.L'option privée coûte souvent moins cher que la police proposée en entreprise, environ 2600 dollars par an, mais elle est entièrement à la charge du client et est bien moins généreuse dans les remboursements de soins. En plus, la prime peut s'envoler si le client présente un historique médical. D'ailleurs, les assureurs ont le droit de le refuser.

"Une fois que les compagnies d'assurance  acceptent un client, elles font tout pour éviter de payer ses soins", s'indigne Paul Krugman. Gare à ceux qui ne lisent pas attentivement les conditions écrites en tout petit caractères à la fin du contrat...L'électricien Rick Reckoway en a fait l'amère expérience : quand son fils de 12 ans a commencé à souffrir de problèmes cardiaques et respiratoires, il s'est cru protégé par son assurance. Sauf que les remboursements étaient plafonnés à 100 000 dollars. Il croule désormais sous 700 000 dollars de dettes.

Pire, l'assurance se réserve le droit d'annuler rétroactivement le contrat. Il suffit qu'elle prouve que le patient avait omis, lors de l'inscription, un détail sur son passé médical. Une compagnie d'assurance a par exemple réussi à échapper au remboursement d'un traitement anti-cancer d'une cliente, en prouvant qu'elle n'avait pas mentionné l'acné de sa jeunesse dans son formulaire. Un formulaire à la limite du compréhensible. "Avez-vous déjà eu une attaque ischémique transciente ?", est par exemple la 14ème question du dossier de la compagnie Assurant. Même son PDG a dû reconnaître qu'il n'avait pas la moindre idée de ce que c'était lors d'une audience devant le Congrès en juin dernier ...(Voir la vidéo ici)

Les assureurs ripostent que seulement 0,5% des contrats sont annulés chaque année. Un chiffre trompeur, calcule le blog Taunter : la compagnie ne se donne la peine de chercher à annuler un contrat que si l'assuré nécessite un remboursement important. Or seulement 1% de la population a des coûts médicaux supérieurs à 35 000 dollars. Si l'on rapporte les annulations à la part de la population véritablement susceptible de se faire retirer son contrat, le risque de perdre sa couverture s'élève à 50%.

46 millions de non assurés

Près de 46 millions d'Américains, dont 8 millions d'enfants, seraient dépourvus de couverture médicale. Les raisons sont multiples: ils ne peuvent pas se la payer, ou ils ne sont pas éligibles à l'assurance publique, ou encore ils choisissent tout simplement de ne pas prendre d'assurance. Première conséquence : le surendettement . Plus de 77 millions d'Américains de plus de 19 ans auraient des difficultés pour payer leurs factures médicales.

Certes, toute personne, même sans assurance, peut se faire soigner aux urgences. Mais on lui présentera la facture après. D'où l'hésitation de nombreux non-assurés avant d'aller à l'hôpital. Une hésitation qui peut s'avérer fatale, puisqu'une intervention tardive aux urgences ne peut remplacer les consultations régulières permettant d'identifier une maladie avant qu'elle ne s'aggrave. Selon l'institut de recherche Urban, le manque d'assurance est à l'origine de 27 000 décès évitables par an aux Etats-Unis.

 

 

 

 
 
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Commentaires - (10)
fmarc 14/9/2009 Recommander 2

Je vis aux USA et suis le débat avec grand intérêt. J'ai une assurance sante, au moins aussi bonne que ce que j'avais en France, complementaire comprise, pour 2 fois moins cher que ce que cela nous coutait en cotisation , a ma femme et a moi-meme. Nous sommes en train de découvrir que les 45 millions d'américains sans assurances, d'une part le sont en moyenne 6 mois, et sont constitués à près de 50% d'immigrés en situation irrégulière a majorite Mexicaine ! Le reste est constitue a 40% de jeunes, gagnant plus de $75000 par an et qui sachant qu'ils seront de toutes façons soignés en cas de coup dur prennent le risque d'être malade et mis au contentieux quand ils ne pourront pas payer... Ce que les Français ignorent, c'est qu'aux USA on peut faire une faillite personnelle...tout en gardant sa maison, dans la moitie des états ! Ces inconscients, prennent donc un risque calculé, et sont plus la source du problème que sa conséquence. Il reste donc une quinzaines de millions d'américains sans assurance, pour une durée moyenne de 6 a 8 mois, en déménagement d'un état à l'autre, changement de travail, problème d'argent. Tout Américain qui a les conditions de ressources, ou plutot de ressources insuffisantes ( moins de $24000 par an pour un couple, $34000 pour un couple avec 2 enfants est couvert gratuitement par une assurance appelée Medicaid. Il faut être un pauvre Américain ( légèrement mieux loti qu'un couple de Smicard) pour être pris en charge gratuitement. En conclusion, le système ne marche pas si mal, il pourrait être tres amélioré en rendant l'assurance santé obligatoire, et en créant un fond de solidarité pour les victimes de maladies Chroniques (pre-existing conditions). Les Américains sont trop attachés aux valeurs de responsabilités pour laisser n'importe qui profiter des largesses fédérales sans travailler ou faire des efforts pour rester en bonne santé.

anderea 27/8/2009 Recommander 0

bon si mes posts vous derangent vous aussi ce n' est même pas la peine que je vous lise

kimeoak 14/8/2009 Recommander 0

Dans l'Amérique d'OBAMA,seuls sont qui s'accrochent à un système en faillite sont les rois. On ne peut pas dire que ce pays manque de moyens,lorsqu'il peut mettre 800 milliards pour sauver son économie. La question est maintenant celle de savoir si la santé est un sujet important ou pas. De l'avis général,on peut répondre à cette question par l'affirmative. Un homme comme BILL GATES OU George Walker BUSH n'en a pas besoin,et OBAMA ne le fait pas pour son propre intérêt. D'ailleurs,tous les responsables ont des priorités.

LauraR 14/8/2009 Recommander 0

Merci pour votre commentaire Sandrine. Vous avez raison de faire remarquer qu'une partie des non-assurés le sont par irresponsabilité, comme je le précise dans l'article "Pourquoi Obama doit faire des concessions sur la réforme santé". Je l'ajoute à présent dans cet article. Quant au nombre de personnes non assurées, il y a débat sur le chiffre exact. Les estimations varient entre 40 et 50 millions, dont 10 millions de non citoyens. Le chiffre que je cite, est celui qu'utilise Obama: "près de 46 millions" ou plus exactement 45,7 millions. Il provient du recensement de la population de 2007.

sandrine 14/8/2009 Recommander 1

Vraiment on se demande ou vous prenez vos infos. Il y aurait 45 millions de non assures. d'apres les derniers sensus des annees passees, 1/3 sont des illegaux 1/3 des jeunes qui ne veulent pas s'assurer pensant qu'ils sont invincibles 1/3 de personnes entre deux job qui ont perdu leur precedente assurance fournie par l'employeur, jusqu'a ce qu'ils retravaillent pendant ce temps vous pouvewz continuer votre assurance a vos frais. Il y a environ 85% des americains qui sont satisfaits de leurs assurances. C'est devenu un cheval de bataille que l'on nous ressort a toute campagne electorale. Il est a constater que tout le monde recoit les soins dans les hopitaux, il y a de nombreux programmes pour les enfants, les pauvres mais il faut s'inscrire. Le pourcentage de personnes qui passent au travers est minime. Les seuls a plaindre, ce sont les personnes qui vivent de leur travail, qui ont une maison a eux ou quelque bien et s'ils ne peuvent pas payer on les force a le faire. Je sais que c'est la meme chose en France.

Zeni 9/8/2009 Recommander 0

Pour une analyse d'ensemble des enjeux politiques de la réforme du système de santé. http://criseusa.blog.lemonde.fr/2009/07/30/titre-la-regulation-difficile-ii-balance-des-paiements-flux-financiers-%e2%80%93-epargne-nationale-et-epargne-substituee-%e2%80%93-investissement-aux-usa/

Zeni 9/8/2009 Recommander 0

Pour une analyse des enjeux d'ensemble de la réforme du système de santé

sylka 8/8/2009 Recommander 1

Vous oubliez ceux qui n'ont pas d'assurance maladie parce qu'ils ne veulent pas la payer. Ils existent et il ne faut pas être naïfs, croyez-vous vraiment que si les salariés Français avaient le choix ils auraient tous une assurance maladie si elle n'était pas obligatoire?

PatrickBoulland 8/8/2009 Recommander 0

Bon article qui explique pourquoi une réforme est indispensable... mais qui n'explique pas pourquoi pourquoi madame Clinton n'a pu mener ce projet à bien pendant le mandat de son époux... et pourquoi le sénat et différents lobbies se sont évertués à saboter toute réforme d'un système aussi dommageable pour les américains. Heureusement pour les réformateurs, la situation économique désastreuse rends le changement possible. Reste à espérer que le système proposé sera bon, car le financement n'est pas un si grand souci ; une banque d'affaire comme Goldman Sachs a mis de côté 16.9 milliards de dollars pour payer les salaires, bénéfices et bonus et les autres banques d'affaires ne sont pas en reste. Si le sens de l'Etat et la solidarité nationale prennent le dessus, une bonne réforme est possible.

mathilde 7/8/2009 Recommander 1

Il est faut de dire que le système ne fonctionne pas. Pour des millions d'Américains comme moi, nous payons nos assurances et nos soins sont couverts.

 
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