Au Maroc, verser un dessous-de-table pour l'achat d'un logement est monnaie courante. Ce qui est plus surprenant, c'est que les banques ont intégré cette corruption dans leurs prêts immobiliers.
Depuis 2006, Hind, la trentaine dynamique, employée dans le secteur médical, est propriétaire avec son mari d'un appartement dans le quartier chic du Maârif, à Casablanca. Payé 1,5 million de dirhams (132 000 euros), dont 25 % « au noir », versés en espèces au promoteur. C'est auprès de sa banque que Hind a trouvé la solution pour financer ce dessous-de-table. Outre un crédit immobilier classique, la Banque marocaine pour le commerce et l'industrie (BMCI), filiale de BNP Paribas, lui a accordé un crédit « aménagement » : même taux et même durée (quinze ans), pour près de 280 000 dirhams. « Nous nous sommes arrangés avec notre banquier », concède Hind. Devant le notaire, l'appartement a été sous-évalué.
« Au Maroc, les banques peuvent financer un bien jusqu'à 125 ou 130 % », confirme avec un clin d'œil Hicham, directeur financier. Lui-même admet avoir versé 30 % de cash à un promoteur pour une villa sur les hauteurs de Casablanca : « Je la voulais, je n'avais pas le choix. Le noir est passé en crédit à la consommation pour l'équipement de la maison. Là, on ne demande pas de justificatifs. »
Bien sûr, les établissements financiers ne le reconnaissent pas ouvertement. Encore que... Jusqu'à une directive récente de la banque centrale, la BMCI affichait la couleur. « On appelle cela des frais annexes, du crédit d'aménagement ou du crédit à la consommation, mais quand on accorde un crédit d'équipement supérieur à sept ans, il s'agit bien de financer du noir », explique le n° 2 d'une grande banque marocaine.
Il est même difficile pour les banquiers de faire la sourde oreille aux demandes de leurs clients, tant cette pratique est entrée dans les mœurs. Depuis 2007, la Société générale marocaine de banques, filiale du groupe français, propose discrètement cette « prestation » en finançant des frais annexes sur vingt-cinq ans, selon l'un de ses cadres. « Les banques qui financent l'immobilier le font aussi depuis belle lurette », souligne Adam, un journaliste trentenaire qui se distingue par son refus de verser des dessous-de-table. « J'ai mis quatre ans avant d'acheter à cause de cela », s'insurge-t-il.
Cette pratique défavorise les jeunes ménages et les classes peu aisées, surtout dans un contexte de flambée des prix de l'immobilier. « Le risque, c'est la défaillance de l'acheteur. Avec un bien sous-évalué, le coût de ce risque augmente. Même si on récupère le bien, à quel prix va-t-on le vendre ? » souligne un responsable de banque.
Mais, depuis quelques mois, le fisc fait montre d'un plus grand zèle. Du coup, la Fédération nationale des promoteurs immobiliers a des sueurs froides. Elle vient d'ailleurs de demander à l'Etat une amnistie fiscale pour les cinq dernières années en échange d'un comportement plus éthique...

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