Si l’économie française continue de créer des emplois, le rythme des créations a connu un ralentissement au 1er trimestre. La hausse du salaire mensuel de base, elle, est mangée par l’inflation.
Après une année 2007 "remarquable" pour la création d'emplois salariés, les entreprises ont levé le pied sur l'embauche au 1er trimestre 2008, selon des statistiques provisoires publiées vendredi par le ministère de l'Emploi.
La courbe des effectifs salariés, à la hausse depuis quatre ans, a poursuivi sur sa lancée, avec +0,2% (+39.400 postes) au 1er trimestre 2008 dans le secteur principalement marchand.
Ce chiffre marque cependant un fléchissement dans le rythme de création d'emplois salariés et il est trois fois moins élevé qu'au 1er trimestre 2007.
Sur un an, la hausse est ramenée à 1,5%, contre une dynamique frôlant les 2% l'an dernier.
Pour la fin 2007, le ministère de l'Emploi a révisé à la hausse les chiffres du 4ème trimestre (+63.000 postes, au lieu de 47.100 annoncés en mars) portant "le nombre de créations d'emplois marchands et non marchands en 2007 au niveau remarquable de 352.000".
Parallèlement, le ministère a publié l'évolution du salaire mensuel de base (SMB) qui a augmenté au cours du 1er trimestre à un rythme jamais vu "depuis 2000" selon les économistes de +1,1%.
Mais cela n'a pas suffi à compenser le pic d'inflation du début de l'année et le coup d'arrêt subi par le pouvoir d'achat.
Vendredi, le chef de l'Etat s'est félicité de ces bons chiffres 2007 et a raillé "tous ceux qui expliquaient que tout était foutu", en particulier les économistes, lors d'un déplacement en région parisienne.
Les économistes n'ont d'ailleurs pas manqué de donner une lecture du marché de l'emploi, de nouveau assez différente de celle du gouvernement, jugeant "tout excès d'optimisme déplacé" (Marc Touati, Global Equities) et "l'équilibre précaire" (Alexander Law, Xerfi).
Tous deux ont noté que la création d'emplois salariés enregistrait au 1er trimestre "son plus faible niveau depuis le 4ème trimestre 2006", faisant observer que le ralentissement s'installait dans le BTP. La hausse de l'effectif salarié dans le BTP (+12.000 postes au 1er trimestre) a été "la moins importante depuis trois ans".
Eric Heyer de l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) paraissait moins inquiet et parlait de "bonne nouvelle". Certes, a-t-il dit, "on revient à un rythme de création d'emplois plus standard" et la création nette d'emplois salariés sera deux fois moins forte en 2008 qu'en 2007. Certes, a-t-il également ajouté, l'industrie continue de détruire plus d'emplois qu'elle n'en crée (-15.500 postes au 1er trimestre) mais "ce n'est pas nouveau" et cette hémorragie continue depuis 2001 est liée au jeu des externalisations (prestataires, intérim) mais aussi à des gains de productivité élevés.
Pour la ministre de l'Economie Christine Lagarde, l'embauche se maintient "à un niveau élevé", et "la vigueur de l'emploi dans l'intérim après trois trimestres de repli" est "signe d'anticipations bien orientées des entrepreneurs". Elle omet de préciser que l'emploi dans l'intérim s'est effondré en mars (selon les mêmes statistiques du ministère), ainsi qu'en avril selon un indicateur Prisme-Crédoc de la fédération patronale de l'intérim.
A l'assurance chômage (Unedic) où patronat et syndicat tiennent leurs propres statistiques de l'emploi, on note une situation "paradoxale" puisque, "pour l'instant", on n'observe pas de ralentissement, alors qu'on prévoit une nette décélération de la création d'emplois et de la baisse du chômage en 2008, selon la CFDT. Dans ses dernières prévisions, l'Unedic tablait sur 140.000 créations cette année, contre 307.000 en 2007.

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