Un crève-coeur. Qui n’est pas ému à la vue d’un chêne centenaire réduit à l’état de billes de bois, privé de toute sa majesté ? Et puis, ne nous dit-on pas que la forêt est devenue une alliée essentielle dans la lutte contre l’effet de serre ? Les arbres absorbent en effet une partie du gaz carbonique émis chaque jour. A l’heure du protocole de Kyoto, planter des arbres ou éviter d’en couper est érigé en cause mondiale. Depuis peu, La Poste commercialise ainsi des carnets de douze timbres sur une surface quasi identique à celle utilisée pour les carnets de dix. Et d’expliquer que 192 arbres seront préservés chaque année ! Cet engagement, qui plaît au grand public, est critiqué par les experts.
« Détruire la forêt et couper du bois sont deux choses tout à fait différentes », rappelle Myriam Legay, ingénieur à l’Office national des forêts. Il ne faut pas confondre la déforestation en Amazonie, qui entraîne chaque année l’émission de 2,2 gigatonnes de CO2, et la gestion raisonnée de la forêt française. « Une forêt qui ne subit pas de prélèvements tourne en circuit fermé, ce qui l’appauvrit au fil du temps et nuit même à la limitation de production de gaz carbonique », précise Myriam Legay. A l’image de la forêt tropicale, qui libère autant de CO2 qu’elle en stocke. Les arbres y meurent, se dessèchent, puis se décomposent en humus, ce qui dégage beaucoup de CO2. En revanche, la forêt de l’hémisphère Nord piège chaque année près de trois gigatonnes de CO2. « En prélevant les vieux peuplements, on donne de la place aux plus jeunes, qui, en pleine croissance, stockent davantage de carbone », explique Vincent Badeau, ingénieur de recherche à l’Institut national de la recherche agronomique (Inra) de Nancy.
« Une bonne forêt, ce n’est pas celle qui abrite de plus en plus d’arbres. Heureusement qu’on en coupe », assure Nathalie Bréda, chercheuse en écologie et en écophysiologie forestière à l’Inra-Nancy. « Sous-exploitée, la forêt française risquerait aussi de devenir plus vulnérable aux changements climatiques », renchérit Yves Martin, ancien président de la Mission interministérielle sur l’effet de serre. « Il est indispensable de réduire la concurrence pour l’eau par des coupes plus fortes ou plus fréquentes et de veiller à la stabilité des arbres au vent en appliquant les bonnes pratiques en la matière. En bref, nous devons accroître le rythme d’exploitation de notre forêt », poursuit-il. Ce qui est à notre portée, car, en France, elle ne cesse de s’étendre depuis la fin du xviiie siècle. Et, chaque année, seuls 40 % de sa croissance naturelle sont récoltés.
« Le bois est le matériau du xxie siècle », assure Sylvain Angerand, ingénieur forestier chargé des questions concernant la forêt pour l’association écologiste Les Amis de la Terre. L’arbre est renouvelable et, une fois coupé, il continue de stocker du CO2. En outre, son utilisation induit des économies d’énergies fossiles. D’une part, sa transformation en bois d’oeuvre, employé dans les constructions, est moins consommatrice d’énergie que la fabrication des matériaux concurrents (acier, béton, plastique). D’autre part, le bois est un excellent isolant. José Bové, qui l’a récemment choisi pour construire sa maison, en est convaincu depuis longtemps !


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