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Classements de la compétitivité : des méthodologies peu fiables

Marc Landré -  26/10/2005 12:46:00  - L'Expansion.com 
 
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Les classements internationaux se suivent chaque année et se ressemblent presque tous. A chaque nouvelle fournée, la France est affublée d'un rang peu honorable qui donne l'image d'un pays « has been », en perte de vitesse et rejeté par les investisseurs internationaux. L'institut suisse de management IMD classe toujours la France en milieu de tableau, aux alentours de la 30ème place. La raison ? La faible efficacité de sa politique économique et le faible rendement de ses entreprises. Le puissant et conservateur “think tank” américain, the Heritage Foundation, attribue à la France un piteux 44ème rang (sur 155) dans son classement annuel qui mesure l'intervention des Etats dans leur économie. Trop de dépenses publiques et de réglementations, selon les experts de Washington. Le World Economic Forum (WEF), organisation internationale chantre de la mondialisation qui réunit chaque début d'année à Davos tout le gratin économique et financier de la planète, fait quant à lui à chaque fois fureur lorsqu'il livre son opus annuel. Le cru 2005 ne déroge pas à la règle. La France rétrograde de 3 rangs, en 30ème position sur 117, derrière l'Espagne et l'Irlande, mais aussi… le Quatar et le Chili. Alors la France peu attractive, info ou intox ?

La plupart des organisations qui réalisent des classements internationaux sur la compétitivité des pays souffrent d'une méthodologie critiquable. Elles mélangent toutes allégrement en effet statistiques internationales (« hard datas ») et résultats qualitatifs issus de sondages d'opinion pour définir leurs critères de compétitivité et calculer les notes de chaque pays. Un tiers par exemple des données utilisées par l'IMD proviennent de sondages auprès de cadres d'entreprises. Pour le WEF, les études d'opinion auprès de grands patrons internationaux représentent… 70% des données exploitées. Quant au nombre de réponses, il frise parfois le ridicule : 20 seulement pour la Suède, deuxième pays le plus compétitif au monde en 2005 selon le WEF, ou 160 pour la France. Ce biais méthodologique - le mélange de données quantitatives et qualitatives - en cache un autre : la pondération -qui change tous les ans- attribuée à chaque critère de compétitivité (macroéconomie, technologie, marché du travail, potentiel de croissance, efficacité des entreprises, infrastructures publiques, qualité de la main d'œuvre…).

« Les pondérations font la part belle à la vision anglo-saxonne de l'économie », avoue un haut fonctionnaire du ministère des Finances. Les auteurs de ces classements sur et sous-pondèrent en réalité les critères en fonction des résultats qu'ils veulent trouver. Si le présupposé est que l'Etat doit s'en tenir à ses fonctions régaliennes, le coefficient du critère « intervention de l'Etat » sera élevé et désavantagera les pays interventionnistes. Si le déficit commercial n'est pas considéré comme un frein à la compétitivité, la pondération accordée aux économies excédentaires sera faible et le critère n'aura que peu de poids dans la note finale… Et ainsi de suite.

« La bataille des idées passe aujourd'hui aussi par ces classements », regrette Clara Gaymard, la présidente de l'Agence française pour les investissements internationaux (Afii).Très critiqué depuis longtemps, le vieux classement du WEF (le fameux Growth competitiveness index) s'apprête à céder sa place à une nouvelle classification, à la méthodologie plus aboutie et aux résultats plus fiables. Il s'agit du Global competitiveness index, où la France se hisse à la 12ème place (sur 117). 

Conscient des ravages que causaient ces classements, Francis Mer a décidé dès son arrivée à Bercy en 2002 de doter le pays d'un tableau de bord de l'attractivité. « Il s'agit d'un document objectif qui recense les atouts et les faiblesses du pays, en se basant sur les critères de localisation habituellement retenus par les investisseurs et en privilégiant les statistiques reconnues », détaille son concepteur, Edouard Mathieu, chercheur à HEC Executive Education. Sur les 20 indicateurs retenus, un seul (la souplesse du droit du travail) provient d'un sondage d'opinion, les autres étant tous labellisés OCDE ou FMI. Les résultats obtenus sont ensuite comparés à 9 concurrents en termes d'attractivité : les Etats-Unis, le Royaume-Uni, l'Allemagne, le Japon, la Pologne… Le bilan ? Si la France s'en sort honorablement sur les critères d'infrastructures ou de productivité horaire, elle frise la correctionnelle question croissance, réglementation du droit du travail et poids des cotisations sociales.

 
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