Dossier

Chine - Une croissance sur ordonnance

Julie Desné, à Shanghai -  19/11/2009 
 

Pékin veut relancer la consommation intérieure. Mais, pour acheter plus, et donc épargner moins, les Chinois ont besoin d'avoir confiance dans un système de protection sociale, aujourd'hui presque inexistant. D'où l'urgence des réformes...

80%

des élèves des zones rurales n'atteignent pas le lycée et quittent l'école à 15 ans. La plupart retournent aux champs pour aider leurs parents.

Un matin d'avril, le jeune Shang a estimé ne plus avoir le choix. Cet adolescent de 17 ans a décidé de braquer une banque, armé d'un pistolet en plastique, pour sauver sa mère, gravement malade. Avec 100 euros de revenu mensuel pour tout le foyer, la famille du jeune Pékinois ne pouvait pas payer les soins requis, qui atteignent parfois 1 000 euros par mois. L'affaire a mal tourné, et c'est désormais en prison que Shang terminera son adolescence, sans avoir soulagé son père du fardeau financier. Le cas de la famille Shang est loin d'être isolé. Des histoires similaires remplissent les colonnes de la presse et traduisent le désarroi de nombreux Chinois face à la maladie.

Plus que jamais, la réforme du système de protection sociale est une urgence pour le pays le plus peuplé de la planète. Démantelé avec l'ouverture de l'économie chinoise, au début des années 80, et le "dégraissage" massif des grandes sociétés d'Etat, dans les années 90, il est aujourd'hui quasi inexistant dans de nombreuses régions du pays. Et dans les villes les plus modernes, bon nombre de Chinois ne comptent que sur eux-mêmes.

Lin Zheng, comme des millions d'autres salariés, vit cette précarité au jour le jour. Directeur des ressources humaines pour une banque étrangère à Shanghai, il fait pourtant partie des nantis, gagnant 1 500 euros par mois alors que le salaire moyen à Shanghai est de 250 euros. Son entreprise verse même 350 euros par mois pour sa retraite. Cela ne l'empêche pas de mettre un tiers de ses revenus de côté. "Nous nageons en pleine incertitude, lâche-t-il. Je n'ai, par exemple, aucune idée de ce que je pourrai toucher comme retraite."

15%

des Chinois n'ont aucun accès aux soins. En 2003, ils étaient 85 %. Depuis, le gouvernement a instauré une couverture santé afin qu'ils bénéficient de remboursements de base.

L'ampleur du transfert de la protection sociale des autorités publiques aux familles chinoises se reflète dans les chiffres accablants du dernier rapport annuel du Programme des Nations unies pour le développement. On y apprend que le poids des dépenses de santé et d'éducation est désormais supporté non plus par l'Etat, mais par les ménages, qui en assumaient 60 % en 2000, contre 20 % en 1978... Des chiffres qui en disent long sur la fragilité de la protection dans un pays toujours officiellement communiste. Mais un tournant est en cours. La crise mondiale est passée par là. Terrifié à l'idée que le ralentissement de la croissance puisse alimenter la grogne sociale, le gouvernement chinois a lancé un vaste plan de relance en octobre 2008.

L'équation est simple : les Chinois ont besoin d'avoir confiance dans leur système social pour épargner moins et donc consommer plus. Avec un taux d'épargne qui s'élève à 54 % du PIB, la Chine est l'un des pays les plus économes du monde. Mais, à la faveur de la crise, Pékin sait qu'il est plus impératif que jamais de rééquilibrer sa croissance, jusque-là portée par les exportations et par l'investissement, pour que la consommation, qui ne représente aujourd'hui que 35 % du PIB prenne le relais.

Le plan de relance vise donc à ce recentrage de la croissance. Sur les 450 milliards d'euros déboursés par le gouvernement central et par les collectivités locales, trois volets portent directement sur le renforcement de la protection sociale. Au total, ils représentent 161 milliards d'euros, soit plus d'un tiers des dépenses.

Premier volet : 84 milliards sont consacrés à l'amélioration de l'accès aux soins d'ici trois ans, notamment dans les zones rurales, qui ont longtemps été les laissées-pour-compte du boom économique. Près de 700 000 centres de santé doivent ainsi ouvrir dans les villages d'ici à 2011. Un projet pilote doit doter 90 millions de paysans d'une petite retraite de 5 à 6 euros par mois... Les montants sont certes dérisoires, mais, aujourd'hui, l'Etat chinois vise seulement à jeter les bases d'un nouveau système.

Deuxième volet : l'ensemble des dépenses sociales de l'Etat, hors retraites, a progressé de 29,4 % en 2009. Mais, pour les Chinois, ce chapitre regroupe pêle-mêle : la santé, l'éducation, l'assurance chômage, les logements sociaux, la culture, etc. Ces dépenses pèsent désormais 72,8 milliards d'euros, soit 16,6 % du budget de l'Etat. Elles ont augmenté de 24 % pour l'éducation et de 38 % pour la santé, mais ces deux secteurs demeurent des parents pauvres. Dans le budget 2009, l'éducation ne pèse que 4,5 % du total, et la santé, seulement 2,7 %...

30% de la population

ne bénéficient d'aucun régime de retraite. A la campagne, c'est le cas des deux tiers des paysans. La retraite moyenne est de 108 euros par mois.

Troisième volet : 4,2 milliards d'euros seront versés aux quelque 45 millions de licenciés des sociétés d'Etat, souvent partis sans aucune compensation, dans les années 90. Ces sommes seront injectées par les collectivités locales à hauteur de 60 %, tandis que l'Etat apportera le complément. Elles seront accordées aux personnes concernées lorsqu'elles auront atteint l'âge de la retraite. Il s'agit d'un paiement ponctuel qui n'est pas amené à se répéter et qui demeure modeste : en moyenne, 93 euros par personne.

 
 
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Commentaires - (2)
french_touch 26/11/2009 Recommander 0

2000 mots... c'est court je voulais rajouter: Même réflexion pour "5 ou 6 euros, somme dérisoire". Dérisoire par rapport à quoi, est ce que vous savez ce que l'on peut acheter avec 5 ou 6 Euros en Chine rurale??? Pour info, à Shanghai, pour payer 1,47RMB on vous demande 1,5 car les pièces n'existent pas pour payer les 7 unités de décimales, car Shanghai est cher, mais en campagne, ces pièces existent! Avec 5 à 6 Euros de retraite, c'est un bon début. Et puis rien n'indique que c'est au gouvernement de payer une retraite entière, là encore c'est bien francais de croire ca. Dans beaucoup d'autres pays, c'est soit le seul citoyen, soit le citoyen et le gouvernement, soit comme en France, on compte sur le gouvernement pour nous supporter jusqu'au bout. Et puis rappelez vous que la Chine a créé son propre communisme, sa propre vision... Aussi, rapellez vous que la Chine est immense, comparer Shanghai à la campagne, c'est comme comparer Londres à un petit village de Lettonie!

french_touch 26/11/2009 Recommander 0

Une fois de plus, je tombe sur un article, qui malgré ses airs neutres, ne l'est pas du tout. Je m'explique: "notamment dans les zones rurales, qui ont longtemps été les laissées-pour-compte du boom économique." Puis-je me permettre de vous rapeller que la Chine s'est ouvert au système du marché, en 1980... soit un peu plus d'une génération... et que ce passage d'un governement "socialiste" à une économie de marché a sorti de la pauvreté des millions (je crois me rapeller le chiffre de 300 millions...à vérifier). Alors quand la Chine annonce 8% de croissance et que nous penons à la rattraper alors là, "tout va trop vite", mais quand en une génération, la Chine a sorti 300 millions de citoyens de la pauvreté, notamment dans les grandes villes (appelées Zones Economiques Spéciales) et s'oriente vers les zones rurales (à qui la Chine avait profité du boom économique en employant les ruraux dans des grands projets d'infrastructures locaux) alors là, la France bien-pensante et droit-de-l'hommiste que ca ne va pas assez vite, que la Chine rurale a été "longtemps" laissée pour compte.... S'il vous plait, sortez de votre cadre de réflection.

 
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