Jacques Chirac a nommé mardi Dominique de Villepin premier ministre. Son gouvernement devrait être connu d'ici la fin de la semaine. Surprise, Nicolas Sarkozy en serait le numéro deux et retrouverait le ministère de l'intérieur. Priorité : l'emploi. Premières pistes de l'ère Villepin.
Jacques Chirac n'avait pas le choix, et devait agir vite. Moins de deux jours après l'écrasante victoire du « non », dimanche, à la Constitution européenne, la France a donc, déjà, un nouveau premier ministre. Il s'agit de Dominique de Villepin, nommé mardi par Jacques Chirac, peu avant midi. Jean-Pierre Raffarin, dont la démission venait juste d'être acceptée, s'était quelques minutes auparavant fendu d'une déclaration à la presse, fait exceptionnel pour un premier ministre quittant son poste. Il y avait assuré qu'il « soutiendrait de toute son expérience » son successeur, après avoir défendu son bilan d'une phrase sibylline : « ce qui est salutaire pour la nation ne va pas sans blâme dans l'opinion ». Il est vrai que Jean-Pierre Raffarin, visiblement détendu maintenant qu'il peut s'offrir quelques mois de repos, a terminé son bail de trois ans à Matignon sur une impopularité record.
Le nouveau gouvernement sera connu d'ici la fin de la semaine. Entre-temps, Jacques Chirac, lors d'une intervention télévisée qui devait avoir lieu mardi à 20 heures, aura tracé sa feuille de route. Première surprise, le retour de Nicolas Sarkozy au gouvernement paraît acté. Le président de l'UMP retrouverait la place de numéro deux du gouvernement et le ministère de l'intérieur, tout en conservant le contrôle du parti majoritaire. Et ce alors même qu'il avait quitté le ministère de l'économie et des finances, en novembre dernier, justement parce que Jacques Chirac avait décrété impossible un tel cumul. La volte-face du chef de l'Etat apparaît en fait comme un subtil compromis. Il donne un signe aux députés, hostiles à un Dominique de Villepin qui n'a jamais affronté le suffrage universel. Et il évite de se mettre à dos Nicolas Sarkozy, qui a toujours estimé que l'arrivée de Villepin à Matignon serait une déclaration de guerre.
Cette improbable usine à gaz permet en tous cas à Jacques Chirac de préserver deux choses essentielles. L'union de son camp, tout d'abord. Comme l'a assuré mardi Jean-Louis Debré, le président de l'Assemblée nationale, il s'agit pour cela du « meilleur choix « car « c'est un choix qui nous rassemble ». Sa tranquillité ensuite. Dominique de Villepin est en effet un fidèle parmi les fidèle, compagnon de route depuis les années 1980, présent dans les heures sombres de la campagne de 1995 lorsque la droite était hypnotisée par Edouard Balladur, puis secrétaire général de l'Elysée pendant le premier septennat. A ce titre, il fut l'un des instigateurs de la dissolution ratée de 1997, ce qui ne lui enleva pas la confiance du chef de l'Etat. Ministre des affaires étrangères, puis de l'intérieur, dans les divers gouvernements Raffarin, il devient aujourd'hui à son tour locataire de Matignon.
Mais pour y faire quoi ? Priorité numéro un : la lutte contre le chômage. Mais pas avec les recettes sévères d'un Nicolas Sarkozy qui accusait il y a peu la France de ne plus avoir « le meilleur modèle social ». Lors d'un chat sur le site de l'UMP, le 20 mai dernier, Dominique de Villepin avait affirmé qu'il fallait « marcher sur deux pieds » et ne pas opposer le « principe libéral et l'exigence sociale ». Le nouveau premier ministre, qui fait le constat d'une France en crise, entend la faire avancer en la « rassurant ». Ce ne sera pas aisé. L'opposition, d'ailleurs, doute que la nomination de Dominique de Villepin soit la bonne réponse au « non ». Jean-Marc Ayrault, porte-parole du groupe PS à l'Assemblée et partisan du « oui », a affirmé qu'on « ne soigne pas une crise de régime avec des cataplasmes ». Quant à Claude Bartolone, un proche de Laurent Fabius, héraut du « non », il a fustigé des « rabibochages » qui n'annoncent aucune « politique nouvelle ».
A voir. Le premier discours de politique générale de Dominique de Villepin devant les députés, dont la date n'a pas été fixée, livrera une première réponse sur la manière dont il entend procéder pour que le pouvoir puisse reconquérir la confiance des Français. Il devrait, selon Le Monde, mettre l'accent sur l'emploi évidemment, la solidarité bien sûr, et la recherche. Des « emplois jeunes » façon Lionel Jospin feraient un retour déguisé, sous la forme d'emplois aidés pour les collectivités territoriales. Une sorte de New Deal, via une relance des investissements publics, pourrait aussi être annoncé, qui obligerait toutefois la France à creuser son déficit, et à s'affranchir durablement du pacte de stabilité. Mais après tout, Paris n'est peut-être plus à une crise près avec Bruxelles.

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