Une fois encore, à contempler l'écume médiatique, on néglige l'essentiel. Certes, Berlusconi reste un personnage souvent caricatural et, bien sûr, son conflit d'intérêts - le contrôle des médias - demeure un scandale. Mais rien de cela n'explique son écrasante victoire, à moins de décréter que les Italiens sont sots ou aveugles.
Il suffisait pourtant d'écouter ce qui était dit pendant la campagne électorale pour comprendre ce que traduit le vote Berlusconi : un « désir de politique » et de protection, sinon de protectionnisme. La poussée de la Ligue du Nord sur ses terres, mais aussi dans les bastions « rouges » du centre, correspond à la volonté des régions les plus dynamiques de se protéger contre le Sud, mais aussi contre les immigrés - phénomène nouveau en Italie -, les délocalisations et la concurrence internationale. Au sud, plus classiquement, on a vu le triomphe de l'« assistantialisme », mais aussi une demande d'Etat là où la gauche, à Naples en particulier, s'est montrée tragiquement impuissante.
L'essentiel a été résumé dans le discours de Giulio Tremonti, l'éternel ministre de l'Economie de Berlusconi, qui a publié quelques semaines avant le vote un livre intitulé La Peur et l'espérance. Cette vive critique des « échecs de la mondialisation », plaidoyer pour le renforcement du rôle de l'Etat, y compris avec des nationalisations, est apparue comme la promesse que le nouveau gouvernement pourrait « protéger » les Italiens. Ces arguments, plus une critique populiste de l'euro, ont été le fond de sauce idéologique de toute cette campagne, et il s'est illustré avec la promesse de Berlusconi de garder Alitalia sous contrôle italien. On est loin des grimaces du Cavaliere pour amuser les médias. C'est un choix politique, et il va peser sur le destin de l'Europe.
En face, le Parti démocratique de Walter Veltroni a donné l'image d'une formation éloignée des préoccupations des gens, « résignée » à la mondialisation, modernisatrice mais sans imagination politique. La gauche française devrait y prendre garde : sans céder à son surmoi gauchiste, elle devra comprendre qu'il ne lui suffira pas de se proclamer « moderne » pour espérer l'emporter.

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Eh oui, n'en déplaise aux tenants de la pensée unique l'équipe de Belusconi se rend compte des méfaits de la mondialisation. IL est évident que le libre-échange intégral par la concurrence étrangère et les délocalisations d'entreprises qu'il entraîne détruit des pans de l'économie européenne et ses emplois...