Une semaine après la victoire de George W. Bush, Lexpansion.com a demandé à Tom Gallagher, l'analyste politique gourou de Wall Street, d'anticiper sur les premières décisions du président réélu. Et il nous dit pourquoi les marchés se réjouissent. Eclairant!
Tom Gallagher est analyste politique dans la société de gestion de portefeuille new-yorkaise International Strategy & Investment, et l’auteur du Morning Political Report, newsletter de référence à Wall Street.
Quelles seront les premières décisions économiques de Bush durant son second mandat ?
T.G : Bush est le premier président depuis son père en 1988 à avoir remporté la majorité du vote populaire. Dès sa première conférence de presse post-électorale, il a dit qu’il estimait avoir gagné un capital politique, et qu’il comptait l’utiliser. Il va vouloir mettre en oeuvre un programme domestique très agressif, dont les priorités seront la réforme des retraites et celle du code fiscal. Il va s’atteler à la première très vite pour profiter de son nouveau capital de confiance. Pour que le Congrès puisse discuter de cette réforme dès 2005, l’administration fera sans doute de premières annonces entre la fin novembre et Noël. La simplification du système fiscal viendra ensuite, car Bush va nommer un groupe d’études consultatif, qui ne fera pas de recommandations avant le printemps ou même l’été, en tout cas assez tard dans le calendrier législatif. La loi ne pourra pas être votée avant 2006 ou 2007…
Bush veut privatiser les retraites. Est-ce une proposition populaire?
T.G : Bush veut créer des comptes privés dans lesquels les particuliers pourront placer directement, en franchise d’impôt, une partie des prélèvements sur leurs salaires pour le moment gérés par le système public de retraite. Ce sera sans doute autour de 4% des contributions actuelles, ce qui représente 175 milliards de dollars par an qui alimenteront la bourse. Le public n’est pas opposé à ce qui est lui présenté comme le moyen de sauver un régime condamné par l’arrivée à l’âge de la retraite des baby-boomers. L’opinion ne connaît pas grand chose au sujet. L’idée de pouvoir gérer elle-même de nouveaux comptes la séduit, d’autant qu’on ne lui dit pas clairement qu’elle touchera moins qu’aujourd’hui en cas de chute de la bourse. Quant au Congrès, le Parti Républicain arrive presque, avec 55 sièges au Sénat, au seuil des 60 nécessaires pour voter une telle réforme. Il lui suffira de convaincre une demi-douzaine de démocrates pour faire passer le texte.
Comment les marchés réagissent-ils à ces propositions ?
T.G : Il se réjouissent et il y a de quoi. L’industrie financière va avoir de nouveaux fonds à gérer avec les comptes-retraites privés, et les sommes mises sur ces comptes iront en Bourse. Tout ce qui touche à la baisse des impôts ravit Wall Street, qui s’inquiétait seulement des conséquences des réformes de Bush en termes de déficits. Or, le président vient de promettre que ses initiatives seraient « neutres fiscalement », qu’il ne les mettrait en oeuvre qu’après avoir dégagé les recettes équivalentes. Cela rassure les marchés. Ils avaient gagné au moins 4% en Novembre et Décembre des années électorales de 1952, 1960, 1972,1976, 1980, 1992 et 1996, et le dernier trimestre 2004 sera sans doute aussi un grand crû…

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