Finances

« Arrêtons de demander aux contribuables de payer les erreurs des banquiers »

Propos recueilis par Hugo Lattard -  15/09/2008 18:10  - L'Expansion.com 
 
Bruno Biais, directeur de recherche au CNRS et à la Toulouse School of Economics.

Bruno Biais, directeur de recherche au CNRS et à la Toulouse School of Economics, analyse l'attitude du Trésor américain et des banques centrales face à la faillite de Lehman Brothers.

Pourquoi les pouvoirs publics américains ont-ils renoncé à sauver Lehman Brothers, alors qu’ils l’avaient fait pour Bear Stearns?
Bruno Biais :
C’est une très bonne chose. Faut-il que les contribuables paient pour éviter la faillite d’une banque d’affaires ? Le Trésor américain est certes intervenu pour sauver les refinanceurs de crédits immobiliers Fannie Mae et Freddie Mac, et auparavant, la banque d’affaires Bear Stearns. Les pouvoirs publics américains avaient alors estimé qu’en cas de faillite, le risque d’une crise financière généralisée était trop important. Dans le cas de Lehman Brothers, ils ont jugé que ce risque était suffisamment faible pour ne rien faire. Depuis le sauvetage de Bear Stearns, grâce aux nouveaux instruments, aux nouvelles facilités de crédits, offerts par la Réserve fédérale américaine (Fed), le risque de défaut de paiement d’une banque peut être évité. Désormais, si une banque fait faillite, elle peut continuer à payer ses créanciers, car la Fed lui fournit les liquidités nécessaires.

Quant aux engagements à long terme de Lehman Brothers, il va bien falloir payer la facture, qu’il y ait faillite ou pas. Si les banquiers ont investi à perte dans l’immobilier, après avoir gagné de confortables bonus, il n’y a encore une fois aucune raison que ce soit au contribuable de payer. C’est l’argument du « hasard moral ». Revenons quatre ou cinq ans en arrière. Une banque a le choix entre une politique d’investissement prudente, peu excitante, et une politique qui peut lui rapporter 300%, au risque de perdre sa culotte. Si elle anticipe qu’en cas de problèmes, les banques centrales et le Trésor vont lui porter secours, elle va forcément prendre des risques excessifs. C’est ce qu’il faut éviter.

Est-on allé au bout de l’intervention publique ?
Dès lors que l’on continuera à avoir des turbulences sur les marchés financiers, les banques centrales vont continuer à injecter des liquidités. Concernant le Trésor, j’espère que l’on va arrêter de demander aux contribuables de payer pour les erreurs des banquiers. S’il n’y a pas une énorme catastrophe qui nous tombe sur la tête, c’est ce qui devrait se passer. Le problème est que l’on ne sait toujours pas très bien ce qu’il y a dans le bilan des banques. C’est dingue ! C’est lié au fait que depuis le début, elles ont voulu agir de manière complètement opaque. On en voit maintenant le résultat. Ce qu’il faut, c’est de la transparence. Il faut que les investisseurs finaux, les déposants, le Trésor, les banques centrales sachent ce que font les banquiers d’affaires. Qu’il y ait de la transparence sur les marchés, les bilans, les investissements. Mais les banques n’en ont aucune envie. Car qui dit transparence dit concurrence, ce qui signifie faire baisser les profits.

Les interventions des banques centrales sont-elles à même d’éviter une crise systémique ?
Oui, les interventions de la Fed, mais aussi de la BCE ou de la Banque d’Angleterre vont dans le bon sens. Elles ont même fait exactement ce qu’il fallait faire. En injectant massivement des liquidités, dès le départ de la crise des subprimes, elles ont permis d’éviter une crise systémique. Elles ont, de plus, améliorer leurs outils au fur et à mesure, comme vient de le faire la Réserve fédérale américaine en acceptant, non plus seulement les titres du Trésor, mais une plus large gamme de titres pour offrir des liquidités. De ce point de vue, la BCE, qui offrait déjà cette possibilité, est celle qui s'est le mieux débrouillée dès le départ, tandis que les Américains l’ont imitée.

 
 
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Commentaires - (7)
ygan 18/9/2008 Recommander 1

Bravo les intellos lili-bobos ! ! de tte façon les français ne connaissent pas la signification des mots . Ex : « solidarité » Je suis solidaire des members de ma famille, de mes amis de mes connaissances ou de tte pers « dont je décide de l’étre» car tel est mon sentiment profond de justice et d’implication ds la vie d’autrui Je suis RANçONNE, réduit en ESCLAVAGE lorsque l’on vient me prendre LE FRUIT DE MON TRAVAIL ET DE mes économies sans mon consentement, au profit de personne que je ne connais pas, qui résident ou sont arrivés en Fr ss que je les y avais invité (sont même prétendument français alors qu’ils haïssent ce pays et ses habitants européens !) Qui souvent me crachent dessus en me traitant de « colonialiste, de sale blanc, connard de français etc » et d’autres nom d’oiseaux. Ils ont tt gratuit ces gens là, logement, nourriture école , soins etc alors que moi je paie tt plein pot sans aucune contre partie que je n’aurais pu me payer « TOUT EN PAYANT beaucoup MOINS DanS DES SOCITE D’ASSURANCE PRIVE » §Ils appellent cela (les politiciens !) payer la paix civile ! Traduction : je massacre les économies des classes qui ont encore un peu qq chose afin que je puisse me remplire tranquillement les poches sans risquer des émeutes

veve 16/9/2008 Recommander 3

Cette crise a été provoquée par les institutions financières qui ont trop augmenté les taux d'intérêt des crédits immobiliers mettant ainsi à la rue des milliers d'américains. Aujourd'hui ces mêmes institutions financières supplient l'état de les renflouer. Et ce sont au final les contribuables qui vont non seulement payer la note mais aussi subir le chômage et la précarité provoquées par ces mêmes institutions financières irresponsables.A quand des contrôles plus stricts de l'état concernant les pratiques peu scrupuleuses de ces établissements financiers qui provoquent des catastrophes économiques à l'échelle planétaire ?.

jean françois 16/9/2008 Recommander 2

Est ce la taxe pique-nique qui va boucher les trous ? les états mettent moins d'entrain à procurer du bien-être à leurs concitoyens qu'à faire la guerre ou indemniser les banques !

Ninja 16/9/2008 Recommander 0

Au dela du couplet classique (certains diront ecule) (melange de Saint Augustin et de marxisme de pacotille) sur l'argent sale, la recherche ignoble du profit et le caractere fondamentalement demoniaque des bonus, l'article fait malheureusment une confusion grave ( CNRS vraiment? )entre les contribuables (en general interpretes comme "le bon peuple") et l'Etat. Dans le cas present le deficit budgetaire accru lie aux reprises de firmes financieres est pour l'essentiel finance par les investisseurs etrangers, en particulier asiatiques, qui sont les seuls a detenir les excedents d'epargne necessaires (Ce sont deja eux qui assurent une grande aprtie du financement de Fannie Mae). Il n'y aura financement par la base fiscale aux Etats Unis (pour l'essentiel des entreprises et non des contribuables physiques) que si une capacite d'epargne aux EU re-apparait. On pourrait arguer que in fine ce sont les contribuables US qui paieront la note mais, comme en France, ce ne sera pas la generation presente. Et, in fine, les Etats Unis feront peut-etre defaut.

Tintin 15/9/2008 Recommander 5

Curieusement, rien sur les agences de notations.... Lehman Brothers ne se privait pas de noter et comme toute agence, n'avais pas à justifier ses notations. Ce jeu persiste mais il serait temps que chaque notation soit obligatoirement accompagnée de la publication d'une étude détaillée et qu'elle engage son auteur (donc responsable et passible de poursuites). Jusqu'à ce jour, les notations ne sont que des arnaques pour influencer les marchés sachant qu'elles sont connus par certains avant publication. Déontologie zéro dans ces milieux.

Vouters 15/9/2008 Recommander 0

J'ai retenu que cette crise des subprimes n'était qu'un phénomène et que le fait que les citoyens américains aient trop tiré sur leurs cartes de crédit sans assurance de rembourser serait un autre facteur encore à prendre en considération qui permettrait d'envisager d'autres victimes.

Ulysse65 15/9/2008 Recommander 9

Pourrait on m'expliquer pourquoi c'est le système banquier américain qui est au bord de la banqueroute et c'est l'euro qui chute par rapport au dollar. Le déficit extérieur des Etats Unis est sans commune mesure avec celui des pays européens et au lieu de voir le dollar s'écrouler, c'est l'euro qui le fait. Ou on nous trompe sur la santé des banques françaises, ou il y a de l'arnaque dans l'air.

 
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