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perspectives/enquête

ANPE : la crise de la quarantaine

Marc Landré -  01/10/2007  - L'Expansion 
 
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Depuis sa création, l'Agence nationale pour l'emploi a évolué avec la montée du chômage. Minirévolution censée accroître son efficacité, sa fusion avec l'Unédic s'annonce difficile à mettre en oeuvre.

Le 13 juillet 1967, Jacques Chirac, alors jeune secrétaire d'Etat aux Affaires sociales crée l'Agence nationale pour l'emploi (ANPE). L'événement passe inaperçu : le chômage est loin d'être un problème dans une économie qui affiche des taux de croissance annuels supérieurs à 5 %. La France compte 430 000 demandeurs d'emploi, soit à peine plus de 2 % de la population active. L'enjeu est donc modeste : dépoussiérer les services extérieurs du travail et de la main-d'oeuvre mis en place après la guerre, et rationaliser l'enregistrement des chômeurs qui bénéficient de l'aide publique.

Quatre décennies et plusieurs crises économiques plus tard, les choses ont bien changé. Le chômage de masse s'est installé (il touche, selon les modes de calcul, entre 2 et 4 millions de Français), et l'ANPE occupe une place essentielle au sein du service public de l'emploi, avec 1 300 implantations locales, 3,5 millions d'offres d'emploi collectées et 17 millions d'entretiens par an. Pourtant, jamais l'avenir de l'ANPE n'a été aussi sombre. Au-dessus de la tête des 28 000 agents de l'établissement plane la menace d'une fusion avec l'Unédic, l'organisme qui gère les allocations de chômage. Objectifs de cette fusion ? Concentrer les moyens sur l'accompagnement des chômeurs et simplifier l'organisation du service public de l'emploi.

« La France détient en Europe un record peu enviable, a constaté Jean Marimbert, directeur général de l'ANPE entre 1990 et 1991. Celui de la complexité des services de l'emploi, du fait de la dualité ANPE-Unédic, mais aussi de la multiplicité des autres organismes concernés. » Un véritable « parcours du combattant imposé aux chômeurs », selon Alain Olive, le président de l'Union nationale des syndicats autonomes. « Beaucoup de pays européens ont déjà rapproché l'indemnisation et l'accompagnement des chômeurs, abonde Pierre Méhaignerie, président UMP de la commission des Affaires sociales de l'Assemblée nationale, partisan à 100 % de ce rapprochement. C'est sans doute une explication de l'amélioration de leurs résultats en matière de lutte contre le chômage. » En France, chaque agent de l'ANPE suit 125 chômeurs, un ratio quatre fois plus important que dans les pays scandinaves.

Le mariage de la carpe et du lapin

L'inconvénient, c'est que, hormis à l'UMP, personne ne souhaite cette fusion. La présidente de l'Unédic, Annie Thomas, la compare au mariage de la carpe et du lapin. « Il ne faut pas laisser croire qu'on va faire baisser le chômage avec une simple réforme de structure », explique-t-elle. La raison de son hostilité ? Une question de statut. L'ANPE est une administration publique, l'Unédic, une structure privée gérée par les partenaires sociaux. « Faut-il privatiser l'ANPE - ce serait une première mondiale - ou nationaliser l'Unédic ? » s'interroge l'expert en relations sociales Bernard Brunhes. D'autant que, rappelle-t-il, pour créer un service public de l'emploi, il faudrait aussi que les deux structures fusionnent avec les directions départementales et régionales du travail et de l'emploi, avec l'Association pour l'emploi des cadres (Apec), avec l'Association pour la formation professionnelle des adultes (Afpa), avec les missions locales, avec les maisons de l'emploi et avec les administrations impliquées dans les restructurations...

Une promesse mais pas de budget

Pour déminer ce dossier explosif et tenir sa promesse de réunir les deux entités, Nicolas Sarkozy a récemment proposé aux partenaires sociaux d'entériner, avant la fin de l'année, une fusion « opérationnelle » de l'ANPE et de l'Unédic. Décryptage de Laurence Parisot, patronne du Medef, la première à avoir évoqué cette solution : « La fixation des paramètres de l'assurance-chômage doit rester de la seule responsabilité des partenaires sociaux, mais le service aux chômeurs peut être délivré par une seule entité. » Bref, une fusion au niveau local en généralisant les guichets uniques ANPE-Assédic, sans toucher aux échelons nationaux. « La décision et les principes généraux de ce rapprochement peuvent être arrêtés avant la fin de l'année, et les modalités pratiques, définies en 2008 », confirme Christian Charpy, l'actuel directeur général de l'ANPE, qui se verrait bien prendre les commandes du nouvel ensemble. L'idée paraît bonne, mais difficilement réalisable sur le terrain. « Le plus dur n'est pas de prendre la décision, c'est de la mettre en oeuvre, notamment pour des questions immobilières », corrige un connaisseur du dossier. Il faudrait ainsi multiplier par quatre les crédits alloués aux maisons de l'emploi pour regrouper dans un lieu unique les agences locales et les antennes Assédic. Or, faute de budget, c'est impossible... Retour à la case départ ?

13 juillet 1967

Jacques Chirac crée l'ANPE. La France compte 430 000 chômeurs, soit à peine 2 % de la population active.

1976

Affichage des offres d'emploi dans les agences locales. Le cap du million de chômeurs vient d'être franchi.

1982

Les demandeurs d'emploi sont autorisés à pointer par correspondance. La France frôle les 2 millions de chômeurs.

1990

Premier contrat de progrès entre l'Etat et l'ANPE, dont les moyens sont renforcés et où l'accueil est amélioré.

1992

Le directeur général de l'ANPE, Michel Bon, impose sa culture d'entreprise. Le taux de chômage atteint 10 %.

1996

Premier rapprochement avec l'Unédic. L'inscription à l'ANPE est transférée aux Assédic, qui indemnisent les chômeurs.

1997

Lancement d'Anpe.fr, actuel n° 1 en Europe des sites d'emploi, avec plus de 12 millions de visites par mois.

2005

La loi de cohésion sociale de Jean-Louis Borloo met fin au monopole de l'ANPE dans le placement des demandeurs d'emploi.

2006

Instauration du suivi mensuel personnalisé avec un conseiller référent dès le quatrième mois d'inscription.

30 août 2007

Au Medef, Nicolas Sarkozy annonce la fusion opérationnelle de l'ANPE avec l'Unédic avant la fin de l'année.

 
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