Pas simple de conserver le moral de ses troupes quand la crise frappe aux portes de l'entreprise. Trois pistes pour éviter les impairs.
Comme le remarque Marc, cadre supérieur dans une banque en pleine tourmente financière, le principal problème dans cette période de crise est d'abord de résister à la dramatisation ambiante. Surtout lorsque la direction s'en mêle : « Tout le monde ne parle plus que sur la crise que nous traversons, y compris le PDG. Il inonde le comité de direction de mails dans lesquels il fait part de ses doutes sur la conduite à tenir, en matière de licenciements notamment ». Des ondes de chocs que Marc tient à ne pas répercuter sur ses collaborateurs. «Tant qu'une décision n'est pas actée, je n'en parle pas à mon équipe. Même si c'est difficile, il faut résister à cet engrenage infernal. Il y a de quoi perdre tout discernement ».
Même si c'est difficile, savoir trier, ne pas alimenter les rumeurs sont des réflexes essentiels pour ne pas ruiner davantage le moral de vos équipes. Si jamais vous devez effectivement annoncer une mauvaise nouvelle, réunissez vos collaborateurs. Jouez carte sur tables, sans en rajouter. «Soyez transparent. Mais sans noircir le tableau » conseille Jean-Louis Muller, consultant à la Cegos. Montrez-vous réaliste, mais rassurant. En gardant bien votre place : pour ne pas baisser les bras, vos collaborateurs ont besoin de sentir un manager qui garde le cap dans la tempête, pas d'un chef qui dénigre sa direction ou donne la sentiment de déserter le navire.
Si une mauvaise nouvelle est officielle, laissez vos collaborateurs exprimer leurs inquiétudes. C'est la stratégie choisie par Sarah. Manager dans une société d'informatique, elle doit faire face à un plan social conséquent dans son groupe. Depuis cette annonce, elle a renforcé les échanges avec ses équipes. « Je fais un gros effort de communication. Je favorise les moments où nous pouvons échanger de façon informelle, à leur bureau ou lors de déjeuners par exemple. J'essaie de relativiser l'impact d'une telle décision. Il faut faire feu de tout bois pour continuer à être positif et à se battre, sinon on ne peut plus mobiliser ses équipes ».
Si vous n'avez pas réponse à tout, se montrer à l'écoute est indispensable : « Il ne s'agit pas de cautionner les ressentis de votre équipe, mais de les aider à trouver des solutions à leurs difficultés et surtout de les encourager à bon escient » souligne Laurent Tilsky, directeur d'Actéo Consulting. Sans forcer son tempérament plutôt discret, Marc n'hésite pas ainsi à féliciter ses équipes un nouveau contrat est décroché quand grâce à elles, même si son entreprise va mal. Des signes de reconnaissance qui jouent sur l'implication de vos collaborateurs.
Le pire ennemi de la motivation, c'est l'inertie. En période de crise plus que jamais, il est donc essentiel de remettre vos équipes en action : « A défaut de capital financier, misez sur le capital intellectuel. Faîtes appel à l'expertise de vos collaborateurs pour trouver des idées si vous devez réduire la voilure dans votre service » propose François Enius, coach de cadres dirigeants. N'hésitez pas à sortir des sentiers battus pour stimuler les idées. Sarah par exemple a eu l'idée de créer des outils de travail collaboratifs entre experts partageant les mêmes centres d'intérêts. En toile de fond, l'objectif de la jeune femme est de développer de nouvelles offres. « Même si je n'ai pas de budget, j'encourage le développements de projets. Et cela fonctionne très bien ».
Une méthode utile, à condition d'aller jusqu'au bout de la démarche en testant les idées de vos collaborateurs. « Faîtes savoir celles qui marchent auprès de votre direction, mais aussi vis-à-vis de vos clients » recommande Laurent Tilsky. Une façon de suggérer que la reconnaissance peut aussi venir d'ailleurs, lorsque la crise paralyse les esprits en interne. Toute créativité est bienvenue pour redonner du souffle : «Soyez innovant : organisez une journée au vert pour travailler avec votre équipe, encouragez-les également se former ou à développer leurs compétences » propose le consultant. Une façon de les amener à penser, aussi, que la crise n'a qu'un temps...

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