Tyrannique, engagé, coopératif ou planificateur, les managers se partagent en quatre grandes catégories. Un test vous permettra même de déterminer votre profil.
Tout le monde s'étonne lorsqu'un manager, dont on disait qu'il ne réussirait jamais, change de job et arrive au sommet dans sa nouvelle entreprise... C'est qu'à chaque contexte, circonstance, genre d'équipe à encadrer, un type de manager correspond mieux qu'un autre. Hervé Bommelaer, consultant chez Leroy Dirigeants- BPI Group, en est convaincu. "Prendre conscience de son style, de sa posture de management, vaut mieux que de se dire : je vais appliquer tel modèle. On réussit en exploitant d'abord ses points forts." L'entreprise et ses cadres seraient donc gagnants lorsque le casting est bon...
Seulement, au gré des changements, un certain type de manager est plus demandé que d'autres. Par les employeurs, mais aussi les collaborateurs. Eric Bohn demande toujours aux candidats qu'il reçoit, sous quel type de manager ils voudraient travailler pour se sentir bien... Ils rêvent d'un chef à leur écoute, rapporte le gérant d'Euro Consulting Partners, charismatique, sachant fixer des objectifs précis et donner les moyens de les atteindre, disponible quand c'est nécessaire, qui délègue, contrôle, entraîne et respecte ses troupes, tranche, prend des décisions... Un profil trop beau pour être vrai! "Mais le point saillant qui ressort toujours est l'écoute, semblant faire défaut aux managers qui ont encadré beaucoup des candidats que je reçois..."
Le contexte des entreprises dicte le style de manager à recruter pour telle ou telle, expliquent Pascale Bottela (directrice Ile-de-France) et Philippe Lesage (consultant et coach), du cabinet Alexandre Tic. On ne dirige pas des scientifiques comme des commerciaux. Mais, "en filigrane, on nous demande généralement de trouver des profils directifs". Et ce n'est pas demain que cela changera avec les impératifs de rentabilité, les restructurations, fusions, absorptions, l'étude des résultats au mois le mois, etc., jugent-ils. Mais, paradoxalement, les entreprises veulent des "autocrates" sachant s'adapter et charismatiques... "Des vertus qui correspondent plutôt à un autre genre de manager, engagé, ouvert aux nouvelles idées, aux changements, communicant, participatif, etc."
L'habit fait-il le moine ?
Le style "engagé" est "tout à fait adapté au monde de l'entreprise aujourd'hui", estime Hervé Bommelaer. Car il rompt avec le désengagement de ceux, qui, ces vingt dernières années, se sont vus licencier sans trop d'états d'âme, poursuit le consultant.
Contre le point de vue précédent, Hervé Bommelaer pense que les managers engagés sont d'abord ceux que recherchent désormais les entreprises. Ou du moins, qu'elles devraient rechercher afin d'inverser la tendance d'une fidélité toute relative des collaborateurs... réplique au manque de constance de certains employeurs. "Le management directif est de moins en moins courant. Un chef omnipotent, qui tranche, n'écoute pas, etc., 'passe' difficilement."
Jean-Louis Muller ne constate pas l'émergence significative d'un type de managers. Mais le directeur à la Cegos sent tout de même "pousser" le mode directif. "Dans un monde où les gens vivent inquiets, un chef qui affirme savoir ce qu'il faut faire avec aplomb rassure... Et certains encadrant des collaborateurs très peu qualifiés remettent une cravate..."
Pour Jean-Louis Muller, il est possible de passer d'un style de management à un autre. C'est même, selon lui, la marque d'un manager malin. Dans les années soixante, les collaborateurs devaient s'adapter à leur patron. Aujourd'hui c'est l'inverse : les managers doivent apprendre à s'adapter à leurs équipes et aux circonstances, conclut-il.
Pourtant, en déléguant, on "contrarie sa nature", affirme Philippe Tramond, directeur général de Pilotis. Car "ce n'est pas naturel chez l'être humain de perdre le contrôle". Et les circonstances peuvent vite faire basculer d'un mode de management à un autre... Celui qui palabre avec ses collaborateurs en temps normal, peut devenir très directif sous la tempête, n'admet plus que l'on discute ses ordres. Évoluer est nécessaire, poursuit Philippe Tramond. Un autocrate qui veut devenir un participatif engagé peut y arriver "s'il clarifie le sens des directives qu'il donne, se rapproche d'elles, prend du temps pour expliquer, renforce les relations humaines..." Est-ce tant la mer à boire?

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