Les us et coutumes du plus mondialisé des cabinets d'avocats d'affaires français.
Le cabinet d'avocats d'affaires français Gide Loyrette Nouel affiche une santé insolente. Il s'implante à Dubaï et à Abu Dhabi, et l'Inde est dans sa ligne de mire, « dès que la législation locale le permettra », assure Pierre Raoul-Duval, qui vient d'être élu senior partner pour deux ans. Avec un chiffre d'affaires de 250 millions d'euros et une croissance de 17 % en 2007, « Gide » a parcouru du chemin depuis 1956, quand Pierre Gide (cousin d'André Gide) s'associait avec Jean Loyrette et Philippe Nouel.
Débuts de carrière en fanfare. « Les jeunes collaborateurs sont très vite mis en avant auprès des clients », explique Hubert Bazin, associé, spécialiste du droit de la concurrence et de la Chine. « J'avais 30 ans quand on m'a proposé de diriger le bureau de Moscou », se rappelle David Lasfargue, 37 ans aujourd'hui. Depuis, il a multiplié le chiffre d'affaires du bureau par sept et a étoffé l'équipe (de 15 à 45 personnes !). Cela lui a valu le grade d'associé dès 2004. Il rencontre ses collègues des bureaux d'Europe centrale et orientale et d'Asie pour des joint-practices groups, ou fertilisation croisée des meilleures pratiques à l'étranger.
Recrutement hypersélectif.« Nous recrutons des étudiants des grandes écoles - HEC, Essec, Sciences Po - et des diplômés passés par les formations d'excellence des universités et lauréats de l'Ecole française du barreau (EFB) », précise Gilles Duquet. Associé chargé des avocats collaborateurs, il reçoit plus de 3 500 curriculum vitae par an. Parcours classique : stagiaire de l'EFB, rémunéré 1 525 euros par mois, le jeune devient, à sa prestation de serment, avocat collaborateur junior. Sa « rétrocession d'honoraires de départ » (son revenu) est de 65 000 euros par an. Il sera ensuite collaborateur senior s'il fait l'affaire. « Dans cette maison, si vous ne collez pas à l'esprit, vous partez », constate un ancien collaborateur.
Associés surtout masculins. « Il faut une dizaine d'années pour devenir associé », estime Gilles Duquet. Les 106 associés sont rémunérés selon la formule du lockstep : un ancien gagne la même chose qu'un intronisé de l'année. A ce niveau de responsabilité, on ne trouve que 10 % de femmes, alors qu'elles sont presque aussi nombreuses que les hommes les premières années.
L'esprit Gide. L'élégant club Gide, rue François-Ier, dans le VIIIe arrondissement de Paris, permet aux avocats de déjeuner avec leurs clients en toute confidentialité. Deux notions, la courtoisie et la « délicatesse » ' au sens juridique du terme ', sont instillées en permanence aux « babies Gide ». Du coup, ici, on est « discret, bien éduqué sans être révérencieux », résume un avocat. Entre associés, on ne se serre pas la main. Et la notion d'aristocratie professionnelle est très présente, comme l'explique ce collaborateur : « Les salariés administratifs, appelés supports, ont parfois l'impression de n'être que de simples vassaux. »
Effectif : 1 180 personnes, dont 700 avocats et juristes.
Turnover : 20 % (surtout dans les deux premières années).
Profil des jeunes recrues : solide formation juridique doublée d’une grande école de commerce, Sciences Po...).

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