Ils ont le vent en poupe. Mais a quoi servent-ils vraiment ? Les conseils à suivre avant de se lancer dans ce genre de formation multimedia mi-ludique, mi-sérieuse fondée sur le principe des jeux de rôles.
Les serious games sont des produits multimédia d’autoformation reposant sur la conjonction entre jeu et apprentissage. « Je pensais qu’il allait s’agir d’une sorte de e-learning, qu’on fait quand on a le temps, mais ce n’est pas du tout le cas. Il y a bien des exercices et des fiches outils, mais le serious game, c’est de la simulation de jeux de rôles », témoigne Jean-Claude Faleyeux, responsable du recrutement commercial Axa France pour le Nord-Ouest.
Les spécialistes vantent de nombreux avantages : « Scénarisation qui se réajuste en permanence selon les actions de l’utilisateur, gestion de l’aléatoire dans les simulations proposées et droit à l’erreur », cite par exemple Adrien Pen-Penic, responsable de la production multimédia du cabinet de conseil HR Valley. Jean-Claude Faleyeux dit aussi avoir particulièrement apprécié le débriefing de fin et les fiches pratiques qui en découlent.
Les serious games présentent également d'autres avantages par rapport au e-learning standard : « L’assiduité est en très nette hausse et le taux d’abandon bien plus faible », souligne Philippe Lacroix, responsable du département e-learning de Demos. Bien qu'il soit difficile de mesurer leur efficacité. Pour Julian Alvarez, chercheur à l’Institut de recherche en informatique de Toulouse, ils devraient montrer des résultats similaires à ceux de la pédagogie active. « A court terme, les pédagogies active et passive ont à peu près le même rendement ; mais à long terme, les étudiants qui ont suivi des séances de mises en situation ont mieux mémorisé ce qu’on leur a appris. »
Il s’agit d’utiliser des techniques de jeux vidéos au service de l’apprentissage. Axa France par exemple a adopté un serious game pour former ses managers à l’entretien annuel de performance. « Le manager entre les éléments sur son collaborateur, son ancien entretien, etc., qui sont intégrés dans l’avatar. Ensuite commence l’entretien qui dure entre ¾ h et 1 h. Le manager ne choisit pas les dialogues mais les intentions. Il interagit avec l’univers proposé, et inversement », explique Cyril Leguillon, responsable de l’innovation pédagogique.
Réservés encore à des entreprises où la population à former est importante, les serious games demeurent onéreux du fait qu’ils sont souvent fabriqués sur-mesure : ils coûtent environ 100 000 €. Il existe également un serious game standard, qui permet de s’exercer à la négociation, à l’animation de réunion, etc... Ava formation, développé par la société Daesign, coûte ainsi environ 200 € par personne et par an, mais le prix est dégressif si le nombre d’apprenants augmente.
Les entreprises qui ont opté pour ce type d’outils sont unanimes : il faut d’abord s’assurer que le serious game est bien adapté à l’objectif de formation. Par ailleurs, il doit être couplé avec une formation en présentiel. Selon Yves Trillat, chef de projet formation et professionnalisation à l’école de la relation clients à distance d’Orange-mobile, « il est important également d’impliquer les utilisateurs dans la construction ». Pour qu’ils s’approprient bien l’outil. D’ailleurs, « il existe un temps d’appropriation obligatoire pour les formateurs et les managers, qui est relativement important ».
Pour les futurs utilisateurs, n’oubliez pas que le serious game n’a pas pour finalité de vous distraire. « Il y a un objectif au final. Ce n’est pas la curiosité de découvrir ce qu’on peut faire avec le jeu qui doit primer », insiste Philippe Lacroix. « On peut vraiment faire du sur-mesure et à son rythme », souligne Jean-Claude Faleyeux qui conseille de faire l’exercice en une seule fois, en fermant la porte et en débranchant le téléphone. A noter : les serious games peuvent quelque peu dérouter les personnes les moins à l’aise avec les jeux vidéos ou l’informatique, même s’ils sont pensés pour être simples d’utilisation.
L’accompagnement est primordial. « Mieux vaut sacrifier 5 à 10 % du budget et mobiliser quelques heures de tutorat pour que l’apprenant ne se sente pas isolé dans sa formation », conseille Philippe Lacroix. « La mise en place d’un serious game demande un suivi particulier, confirme Adrien Pen-Penic. Tant au niveau des apprenants (évaluation des connaissances acquises, appréciation du dispositif) qu’au niveau du service en charge de son implémentation (ampleur de l’utilisation, calcul du ROI). »

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