Témoignage d'un patron de filiale au pays d'Oz

Elodie Grangié -  14/09/2009 19:22:00 
Tim Wimborne / Reuters
 

Pascal Gelugne, 51 ans, est patron d'ATDI South Pacific, filiale d'ATDI SA (société française spécialisées dans les radiocommunications civiles et militaires) installée en Australie. Il nous raconte son arrivée et ses premiers pas dans les affaires en Australie.

Comment s'est passé votre arrivée aux antipodes?

A l'origine, l'Australie n'était pas un rêve. J'ai débarqué en septembre 2004. C'était la première d'une série de trois missions dans le Pacifique et le Sud-Est asiatique pour « repérer le terrain ». Ces pays encore jeunes étaient des marchés porteurs pour nos solutions de radioplanning. A l'époque, j'étais seul sur Sydney, bénéficiant parfois du support d'ingénieurs du siége mais sans équipe, ni bureau. A mon arrivée, je me suis appuyé sur la mission économique de Sydney pour construire mon projet. J'ai contacté le cabinet comptable Bilateral solutions, des avocats et le cabinet de recrutement Polyglot afin de connaître les potentialité d'embauche sur place. Un agent de l'immigration m'a assisté pour obtenir mon visa : un subclass 457 business. Le processus est long et compliqué : un véritable parcours du combattant. J'ai fait ma demande en début d'année 2005 et je n'ai reçu l'autorisation officielle qu'en juin 2006.  Il faut être persévérant et débrouillard pour trouver les bonnes informations. Le point positif c'est que j'ai gardé de très bon contact avec mes interlocuteurs français.

Avez vous eu des difficultés à vous adapter à l'Australie ?

Oui ! La culture australienne est très différente. On place ici la qualité de vie au-dessus de tout : la règle d'or, c'est « No worries » (pas de soucis). C'est très attrayant pour les touristes. Mais, quand on cherche à monter une affaire, ce n'est pas toujours facile à gérer. Quand un salarié me dit « no worries », c'est là que je suis inquiet car cela veut dire qu'il y a un problème et aucune solution sous la main. C'est seulement aujourd'hui que je commence à connaître les spécificités de la culture australienne : comment parler à mes voisins, mes collaborateurs, mes partenaires d'affaires. Ce n'est pas un hasard si les visas temporaires durent 4 ans. C'est le temps qu'il faut pour vraiment s'adapter et commencer à apprécier le pays.

Comment s'est passé le recrutement en Australie?

Nous sommes aujourd'hui sept mais aucun de mes salariés n'est né en Australie. Sydney est multiculturelle, il est presque plus facile d'embaucher des étrangers que de « vrais » australiens. J'ai choisi de profiter de ce « melting pot ». Mais mon réel problème c'est que les jeunes diplômés australiens coûtent très chers, ils ont tendance à se surestimer.

Autre obstacle que j'ai rencontré : les horaires de travail ! Les australiens veulent commencer tôt mais surtout finir tôt. Comme je travaille avec l'Asie du Sud Est, qui a un décalage horaire de 3h, je préfère des salariés qui commencent plus tard mais qui acceptent de rester au travail jusqu'à 20h. Enfin, la flexibilité du marché du travail n'est pas forcément un avantage pour moi. Les australiens changent assez facilement d'entreprises, ils n'ont connu que le plein emploi. A la moindre opportunité, il cherche un meilleur job. Or dans ma société, il faut au minimum 6 mois pour bien former un employé. J'ai eu du mal à trouver des salariés qui souhaitaient s'engager dans la durée. En fait, la crise est un « avantage » pour moi sur ce plan car les salariés se sont un peu calmés et réfléchissent maintenant à deux fois avant de quitter un emploi.

Les australiens sont ils durs en affaires ?

Si les relations s'établissent, d'emblée, de façon chaleureuse et sans protocole, ce n'est pas pour autant que la négociation est gagnée d'avance. Une relation privilégiée ne sera jamais synonyme de contrat si votre offre n'est pas compétitive. En général, les australiens aiment les partenaires d'affaires français par leur rigueur sur la gestion des dossiers. Dans un pays où la qualité de service laisse parfois encore à désirer, le raffinement de la « French touch » peut faire mouche en affaires. Cependant, les australiens préfèrent traiter avec leurs compatriotes. Aujourd'hui, je suis donc à la recherche d'un employé australien pour les marchés nationaux.

Avez-vous quelques conseils pour être heureux ici ?

Le secret pour être heureux...ailleurs que dans son pays d'origine, c'est d'accepter les choses comme elles sont. J'entends des gens qui se plaignent, mais ici on n'a pas ci, on n'a pas ça. Oui, mais on n'est pas en France. N'arrivez pas avec vos méthodes et vos idées françaises bien arrêtées, faites vous petits et restez à l'écoute. Soyez patients ! Après des débuts difficiles en Australie, je suis maintenant heureux et je ne quitterais plus ce pays. A la fin de l'année, je vais d'ailleurs faire une demande de visa permanent pour moi et ma famille..

 
 
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