Conseils pour faire rimer carrière et anniversaires en évitant l'impasse ou le surplace.
Quand un pilote de rallye s'engage dans le Tour de Corse, il se prépare à négocier la bagatelle de 1 000 virages. Certains peuvent être pris à fond, d'autres nécessitent une infinie maîtrise du volant pour éviter la sortie de route. Dans une carrière de cadre supérieur, les tournants piégeux ne manquent pas. Certains sont d'autant plus stratégiques qu'on les voit venir de loin : ceux qui sont liés aux âges de la vie. Tous les dix ans au moins, il importe de se remettre en question. Sinon, l'entreprise ou « le marché » s'en chargeront à votre place. Revue de ce qu'il faut savoir et prévoir quand on « prend une dizaine au compteur ».
30 ans Multipliez les expériences
Entre son premier job et l'arrivée de la trentaine, on a le droit de tout essayer : changer d'entreprise, de secteur d'activité, de métier, prendre une année sabbatique... « A 30 ans, en pleine construction de son identité professionnelle, un cadre doit se découvrir et tester de multiples environnements au lieu de se mettre une pression inconsidérée », analyse le coach Frédéric Adida.
Illustration avec Laure Gitton, 44 ans, associée à Unilog Management (Groupe LogicaCMG). « A 30 ans, j'ai mis à plat toute mon expérience. J'avais successivement fait de la recherche, enseigné, et même joué trois ans dans un groupe de jazz-rock. Certaines entreprises ont un peu tiqué. Pas mon employeur actuel, qui m'a recrutée en valorisant ce parcours atypique », explique cette docteur en sciences.
Après être revenue à un déroulé de carrière plus classique, elle laisse ses collaborateurs faire leur propre expérience initiatique. L'un de ses consultants a voulu travailler à mi-temps pour faire de la musique : accordé ! « Cela lui a permis d'aller au bout de son désir. Sinon, il en aurait conçu de la frustration pendant longtemps. Aujourd'hui, il est épanoui dans l'équipe. »
Même démarche « exploratoire » chez Julien Reix, 29 ans, directeur d'exploitation de l'aéroport de Strasbourg pour Elior. Il a multiplié les expériences, tant à l'international (San Francisco) qu'en encadrement d'équipe, avant d'accepter ce poste à lourdes responsabilités. « Toutes ces années m'ont prouvé que je m'épanouissais particulièrement dans le management et dans le fait de relever des défis professionnels. Aujourd'hui, je suis calé dans le domaine qui me convient. »
Chercher sa voie, oui, mais en accumulant les contacts, comme l'écureuil stocke ses noisettes pour l'hiver. « Le cadre trentenaire doit se constituer un réseau professionnel et extraprofessionnel. C'est une démarche indispensable pour bien gérer les tournants à venir », avertit Yves Desjacques, directeur général délégué chargé des ressources humaines de Vedior-France.
Autre impératif pour le nouveau trentenaire : surveiller le montant de son salaire comme le lait sur le feu. Car le positionnement salarial d'un cadre se joue en grande partie entre 30 et 40 ans. « Le trentenaire doit raisonner à long terme en ce qui concerne sa construction de carrière, mais à court terme sur les plans de sa rémunération et de son titre. C'est ce qui lui permettra de négocier en position de force s'il change d'entreprise », précise Jean-Louis Muller, directeur à la Cegos. Et de poursuivre son parcours sur des bases financières solides.
40 ans Redonnez-vous de l'élan
« 40 ans, c'est l'âge où la maturité fait craindre la calcification », résume avec humour Yves Desjacques. La mise sur orbite de sa carrière étant en principe derrière lui, le quadragénaire doit solidifier sa trajectoire. Tout en n'évitant pas les questions dérangeantes : Vais-je faire le même métier toute ma vie ? Ne devrais-je pas tenter une mobilité internationale ?... « Il s'agit de la transition professionnelle la plus délicate pour le cadre. Celui-ci éprouve souvent le sentiment d'être positionné sur des rails le menant tout droit jusqu'à sa retraite. D'où une certaine angoisse existentielle qui peut le saisir au moment de faire le bilan de la fameuse mi-vie », confirme le coach Thierry Chavel.
Selon les consultants Robert Morison, Tamara Erickson et Ken Dychtwald, la « middlescence » aiguë (contraction de middle age et d'adolescence) ne tient en rien de la chimère (« Managing Middlescence », Harvard Business Review, mars 2006). Près des deux tiers des 7 700 salariés de 35 à 55 ans qu'ils ont interrogés ne se sentent plus « énergisés » par leur travail. Un sur trois a le sentiment d'être dans une impasse. Un sur cinq cherche à changer de poste.
Responsable business développement chez un géant des télécoms, Laurent, à 39 ans, marié et père de deux enfants, s'est senti « placardisé » au sein de son entreprise. Pour en sortir, il s'est jeté sur l'opportunité de passer deux ans à Singapour. « A mon retour en France, j'ai quitté mon employeur et je me suis relancé professionnellement chez un concurrent. Contrairement aux apparences, c'est en restant dans la même entreprise qu'on prend des risques. Car on ne peut pas y apprendre de nouvelles façons de travailler. »

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