Entretien avec Elisabeth Blanchet, photographe et auteur de l'ouvrage S'installer et travailler en Grande-Bretagne et en Irlande (Editions L'Express, 2008)
La Grande-Bretagne est l’une des destinations préférées des travailleurs Français à l’étranger, derrière la Suisse et les Etats-Unis. Elle en abritait l’an dernier plus de 100.000. Faut-il toujours s’y précipiter ?
Ça reste une destination rêvée pour les Français, mais il faut être très motivé pour tenter sa chance en Grande-Bretagne. Il ne faut pas croire non plus que c’est l’eldorado. Dans le bas de l’échelle, pour les petits boulots, la concurrence est féroce avec les jeunes issus des pays de l’Est, à commencer par la communauté polonaise.
Quelles sont les voies d’entrée sur le marché ?
Pour les jeunes dip’, sortis d’une Sup’ de Co, et qui rêvent de trouver un stage à la City, je suggère d’aller frapper à la porte du bureau Emploi/Formation du consulat. Là-bas, ils sont particulièrement accueillants et à l’aise avec les problématiques des 24-25 ans. On peut aussi miser sur les agences de recrutement "locales". Pour ceux qui sont "fluent" en anglais, je recommande de prospecter directement le site prospects.ac.uk. Il livre les tendances du recrutement.
La notion de fossé culturel a-t-elle encore un sens ?
Oui. Ce fossé demeure. L’adaptation n’est pas toujours aisée. Il faut entre 6 mois et 1 an pour bien s’acclimater et prendre la mesure de la mentalité du pays. A Londres, contrairement à Paris, l’espace des possibles est beaucoup plus vaste et surtout, plus accessible. La dynamique est permanente, à tous les niveaux. Sans idéaliser non plus, il faut encourager les jeunes Français sur le départ. Là-bas, les diplômes sont moins importants qu’ici. C’est vraiment l’instant qui prime : que pouvez-vous apporter maintenant de plus ou de mieux à votre employeur ? Alors qu’en France, notre CV parle pour nous. De même, outre-Manche, le recruteur aura spontanément à cœur de relever l’élément positif de votre parcours ou à souligner votre faculté à rebondir, tandis que chez nous, on se crispera davantage sur la cohérence des cursus.
Travailler en Irlande est-ce encore autre chose ?
Je dirais que c’est un peu la Grande-Bretagne en mieux : c’est encore plus facile. Les reconversions, les passerelles sont légions. Le pays a bénéficié aussi de la vague d’implantation de bons nombre de services client de grandes firmes dans les années quatre-vingt-dix. Du coup, les bac+2/+3 ont déferlé. Maintenant, le phénomène se tasse un peu, mais le marché reste dynamique. Et puis beaucoup de cadres viennent s’installer pour le cadre de vie que procure l’Eire, que ce soit à Dublin ou à Cork : le bouillonnement d’une grande ville sans les inconvénients.

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