Les conseils de Laurence Nadeau, journaliste originaire de Montréal, auteur de l'ouvrage S'installer et travailler aux Etats-Unis, pour éviter les pièges du supposé eldorado américain.
Est-ce la bonne période pour tenter l’aventure aux Etats-Unis ?
Le climat économique, que l’on prédit de plus en plus sombre, n’est-il pas dissuasif ? A vrai dire je ne pense pas qu’il faille différer son projet. Les Etats-Unis restent un pays de grandes opportunités. Les récessions, quoique violentes, sont souvent courtes là-bas. Et le chômage ne s’inscrit pas dans la longue durée. Lorsque le taux monte à 7%, ils crient au scandale…
Quels sont les éventuels créneaux porteurs pour les Français ?
Tout ce qui a trait à la « qualité » et l’art de vivre à la française. Les métiers de bouche, les cosmétiques, les parfums, la mode, le design ou l’architecture d’intérieur. Voilà autant de niches où les Français ont la cote aux yeux des baby-boomers cossus des grandes métropoles, désireux de se distinguer de la masse en consommant différemment. C’est particulièrement vrai dans certains quartiers de New York, Los Angeles ou Boston.
A quelles difficultés faut-il s’attendre ?
L’état d’esprit est fondamental : pour s’implanter et réussir là-bas, il faut être un battant. Il faut s’accrocher plus que partout ailleurs. C’est un pays de défis, où rien n’est donné, rien n’est gratuit. On ne doit compter que sur soi. Il faut donc savoir se vendre, tout le temps, car le marché y est extrêmement concurrentiel. Ce qui n’est pas toujours facile pour les Français, plutôt réservés. En France, notre CV parle pour nous. Outre-Atlantique, c’est l’instant qui prime : que pouvez-vous apporter maintenant de plus ou de mieux à votre employeur ? Car là-bas, du fait de leur politique de visas extrêmement sélective, c’est le patron qui détient le gros bout du bâton ! C’est en effet lui qui vous « sponsorise », qui effectue les démarches administratives auprès des autorités.
Quelle est la priorité pour ceux qui veulent y travailler ?
S’imprégner de la mentalité nord-américaine demeure le plus gros défi. Mais avant de s’embarquer, il convient surtout de se demander si on est fait pour ce pays. Un seul exemple : aux Etats-Unis, on n’est jamais là à se vanter d’avoir trouvé une « planque », alors qu’en France, la complainte et les atermoiements sur les conditions de travail ou la nature même du job font partie du jeu social.

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