
Quand la sinistrose frappe l'entreprise, miser sur l'esprit d'équipe et l'engagement citoyen des salariés permet de remobiliser les troupes.
Al'heure où les produits chinois déferlent sur le monde, où la concurrence américaine renaît, les cadres français ont du vague à l'âme. Dans l'entreprise, le ressort est cassé. Ceux qui "n'y croient plus" démobilisent les motivés, lesquels finissent par se lasser de n'être ni promus ni augmentés, devenant à leur tour stressés, frileux, cyniques, paresseux... Le cercle vicieux est engagé, et les patrons s'arrachent les cheveux. "La baisse de l'engagement des collaborateurs est l'une de nos principales préoccupations en 2010", reconnaît Michel Yahiel, le président de l'Association nationale des DRH.
Conducteur de travaux à Ineo (Groupe GDF Suez)
Je suis l'un des 250 "maîtres de l'énergie" de l'entreprise. Ce titre implique des devoirs : tutorer des apprentis, former les débutants, aider les ouvriers à se perfectionner, suivre les stagiaires. Cet investissement n'est pas rétribué. Ma satisfaction est ailleurs : je suis fier d'aider des jeunes à se lancer et à aimer mon métier. Etre "maître de l'énergie" facilite le dialogue avec la direction, notamment pour faire remonter les difficultés du terrain.
"Mon investissement de "maître de l'énergie" à Ineo n'est pas rétribué. Ma satisfaction et ma fierté, c'est d'aider les jeunes à se lancer."
Face à cette déprime, quels remèdes ? Plusieurs entreprises ont rénové leur politique de ressources humaines en l'axant sur l'engagement et la "reconnaissance" des salariés. Bons sentiments ? Pas seulement. Parfois, les techniques de motivation profitent à tout le monde. "Nous enregistrons un turnover de 5 %, soit deux à trois fois moins que la moyenne des entreprises de notre secteur", relève Alexis Fyros, DRH France de FedEx, une société en pointe sur les questions d'engagement. A travers les exemples qui suivent, décryptage de la manière dont les entreprises redonnent "la pêche" à leurs salariés.
Toutes les études le montrent : "Si la rémunération est un prérequis indispensable, elle ne constitue pas pour autant un fort levier d'engagement", constate Didier Burgaud, consultant senior responsable de l'activité "engagement" des salariés chez Hewitt. Au sein de SFR, cette donnée est bien intégrée. La récompense financière n'est pas négligée : tous les collaborateurs bénéficient, outre leur fixe, d'un variable de 6 % au minimum, de l'intéressement, de la participation, d'un plan d'épargne et d'un Perco. Mais d'autres moteurs sont employés.
"Pour développer l'engagement, nous avons mis en place une batterie d'outils en parallèle, explique la directrice générale des ressources humaines, Marie-Christine Théron. Depuis 2003, nous développons un dispositif d'incitation à l'engagement citoyen. Chaque année, une trentaine de salariés bénéficient du statut de collaborateur citoyen, qui leur permet d'obtenir de six à quinze jours de congés rémunérés supplémentaires pour développer des activités associatives. Nos salariés peuvent aussi prendre des congés solidaires, devenir tuteur, accompagner des jeunes de quartiers sensibles dans leurs études ou des élèves handicapés, via l'association Arpejeh." En clair, SFR joue à fond la carte de l'engagement affectif sur le thème "Je suis fier de mon entreprise". Selon Alain Gosselin, professeur en gestion des ressources humaines à HEC-Montréal, "cette stratégie est efficace en termes de performance, car les salariés ont le sentiment de participer à l'amélioration de la vie de la cité".
Responsable des outils corporate à SFR
Membre actif du club de VTT Véloxygène, à Saint-Rémy-lès-Chevreuse, je fais découvrir le VTT en tandem à des enfants malvoyants. J'ai obtenu le statut de "collaborateur citoyen" auprès de mon employeur. Je bénéficie de neuf jours de congés payés supplémentaires. J'ai aussi décroché 10 000 euros de financement de la part de la fondation SFR, qui m'ont permis d'acheter trois tandems VTT.
"Les congés supplémentaires accordés par SFR me permettent de faire découvrir le VTT en tandem à des enfants malvoyants."
Avec ses frontières, ses codes et ses cooptations, l'entreprise est un espace collectif. Paradoxalement, elle est aussi devenue un lieu de solitudes juxtaposées, où l'on s'épie et où l'on se méfie de l'autre. Au détriment de l'efficacité collective. D'où ces nombreuses initiatives de ravaudage du tissu interne.
A Flunch, "le fait que chacun soit amené à être tuteur, moniteur ou formateur des nouveaux arrivants permet de nouer des relations fortes entre les salariés. Et si notre chiffre d'affaires et notre résultat net sont en croissance continue depuis neuf ans, si nous créons un millier d'emplois net par an, dont 200 dans l'encadrement, c'est bien grâce à notre esprit d'équipe", résume Christian Leroy, le directeur du développement humain du groupe de restauration.


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