Rencontre avec Chantal Higy-Lang, psychothérapeute, coach, sexologue, et co-auteur avec Charles Gellman, de « La Gestalt-thérapie expliquée à tous » (Eyrolles Pratique, 2008).
Comment se comportent les cadres que vous recevez en séance de Gestalt-thérapie, dont le principe est de se focaliser sur l’observation de l’instant présent ?
La Gestalt-thérapie fonctionne comme un microscope qui examinerait de très près le comportement du cadre pendant la séance. Comportement qui n’est qu’un échantillon de ce qui se joue dans la journée. Je suis effarée de constater que les cadres sont comme vides d’émotion, de moins en moins en contact avec eux-mêmes, comme anesthésiés. En séance, ils ont de plus en plus de difficulté à se concentrer, comme s’ils n’arrivaient plus à débrancher de leur vie professionnelle. En début de séance, ils ont encore la tête dans leur réunion, en milieu de séance, ils sont comme aimantés par le téléphone qui sonne, ou s’inquiètent de leur voiture mal garée. En fin de séance, les voilà déjà veste sur le dos, qui me lancent : « encore trois séances, et on aura réglé ce problème, n’est-ce-pas ? ». Comme un dossier au bureau, quoi ! Ce sont les mêmes qui s’étonnent de mauvais contacts avec leurs équipes.
Comment en Gestalt, faire prendre conscience de cette notion d’«ici et maintenant » au cadre, plutôt formé à se projeter dans des business plan à moyen terme ?
Parmi les nombreux outils à notre disposition, nous recourons, par exemple, à un pentagramme. Il s’agit d’une étoile à cinq branches, chacune correspondant à un aspect de l’être humain : l’émotionnel, le mental, le physique, le social, le spirituel (les valeurs). En séance, avec le patient, on évalue ensemble si dans sa vie actuelle, chaque branche est en équilibre, atrophiée, ou hypertrophiée. En général, chez les cadres supérieurs, la branche du mental est hypertrophiée, c’est très frappant, leurs sentiments sont comme édulcorés. En début de travail, ils sont nombreux à m’assurer, un rien bravache : «oh, moi, vous savez, au travail, je mets de côté mes émotions, je ne sens pas la pression, je vous assure ! » Au fil des séances, ils prennent conscience que faute d’exprimer leurs émotions, celles-ci ressortent sous forme de psycho-somatisations : ils relient soudain les maux de dos, les migraines, l’ulcère, les insomnies avec leur vie professionnelle. Au fil des séances, ils prennent conscience de l’absence totale d’empathie à leur propre égard. C’est typique des cadres supérieurs, d’ailleurs, comme s’ils se sentaient au-dessus du lot, « ça arrive aux autres, mais pas à moi !». Lors d’une séance, récemment, un dirigeant a réalisé que pour tenir, il prenait depuis déjà… sept ans du Xanat, qu’un ami médecin lui prescrivait. Un vrai cache-misère !
Et au plan spirituel, que découvrent les cadres sur eux-mêmes lors de vos séances de Gestalt ?
Nombre d’entre eux prennent conscience qu’ils ont mis de côté leurs valeurs fondamentales initiales, car ils ont du gérer des charrettes, faire preuve d’autoritarisme -au point, parfois, d’être accusés de harcèlement moral-, pour atteindre les objectifs fixés par la hiérarchie.

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