Entretien avec Violaine Guéritault, psychologue et consultante pour le cabinet Stimulus, auteur d’un ouvrage sur le burn-out maternel.
La tristesse semble être l’une des émotions les moins tolérées au travail. Pourquoi ?
Contrairement à la colère qui traduit une éruption volcanique, une perte totale de contrôle de soi – ce qui est plus facilement excusable pour l’entourage –, la tristesse trahit un état durable, une affectation prolongée de l’humeur. La tristesse s’apparente ainsi à une faiblesse intrinsèque. Elle révèle un manque de résistance, de volonté et de persévérance sur la durée. En cela, elle passe pour être l’émotion des faibles. Ce qui est inacceptable en milieu professionnel, notamment dans les fonctions où domine la relation client. Car, au travail, prime la notion de performance et de rendement. Quelqu’un de triste sera forcément présumé moins efficace, étant absorbé par sa propre détresse et non concentré sur ses objectifs.
Touche-t-elle indifféremment les hommes et les femmes ?
A priori, oui. Aucune étude jusque là n’est venue prouvée qu’il s’agissait d’une émotion sexuée. En revanche, une femme triste sur son lieu de travail subira une sorte de double peine, puisqu’elle cumulera deux handicaps : sa féminité et sa tristesse. De quoi multiplier par deux les critiques à son encontre.
Est-elle le prélude à la dépression ?
C’est un des facteurs de la dépression. C’est que la tristesse reflète une déception profonde, un décalage entre ce que la personne attend ou ressent et ce qu’elle vit ou subit au quotidien au bureau. La tristesse provoque une usure de l’individu. Elle entame son capital-énergie. Et c’est ainsi que l’on bascule peu à peu dans le burn-out, à la suite d’une accumulation de stresseurs modérés mais chroniques.
Comment la surmonter ?
En France, malheureusement, il n’y a plus de place pour l’empathie. Or, on sait que quelqu’un qui se sent triste s’en « sortira » s’il est écouté. Il faut donc bien évidemment communiquer. Montrer que l’Autre est reconnu. Qu’il n’est ni critiqué, ni condamné pour ce qu’il EST. Ce faisant, on sera à même de détecter les symptômes de sa tristesse. En fait, il faut pratiquer ce que j’appelle l’écoute bienveillante sur un mode du « je vois, je sens ». D’où l’intérêt de compter dans ses équipes des collaborateurs dotés d’un fort quotient émotionnel.

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