Face à la souffrance psychique des salariés, les entreprises ne peuvent plus rester sourdes et inactives, estime Françoise Pelletier, avocate spécialisée en droit social.
Vous êtes avocat, spécialisée en droit social, vous intervenez essentiellement auprès des entreprises mais aussi auprès des cadres supérieurs. Quels sont vos constats ?
Ce qui me frappe avant tout c'est l'ampleur de la souffrance psychique des salariés. Alors que la vie professionnelle pourrait être de moins en moins fatigante, en raison de la baisse de la durée du travail, du développement des nouvelles technologies rendant les tâches moins difficiles physiquement, les risques psychosociaux s'accroissent.
Comment l'expliquez-vous ?
Les salariés sont plus fragilisés. Les rythmes se sont accélérés, la pression psychologique est forte car les résultats attendus sont croissants. Preuve, rarement la rémunération variable d'un manager prend compte ses qualités d'encadrement et considère uniquement ses performances. Parallèlement, la dégradation du marché du travail amplifie le stress. La vie familiale est de plus en plus désorganisée et tout aussi oppressante. Résultat : le nombre de dépressions nerveuses augmente. La multiplication des suicides, comme récemment chez France Telecom, est révélatrice de l'ampleur du malaise. Ce qui est certain, c'est que le problème majeur de l'entreprise à moyen terme, sera la santé psychique de ses salariés.
Les entreprises ont –elles mesuré l'ampleur du phénomène ? Que font –elles en matière de prévention ?
Les entreprises sont un peu désarmées face aux risques psychosociaux même si elles peuvent repérer les malaises. Le turn-over, les arrêts maladies, les actes de violence sont des indicateurs pertinents. Mais une fois que l'état des lieux est fait, comment prévenir ? L'accord national du 2 juillet 2008 dont l'objet est de favoriser la prise de conscience et la compréhension du stress au travail, d'attirer l'attention des entreprises sur les signes de stress et de fournir un cadre permettant de détecter, prévenir, éviter et faire face aux problèmes de stress, n'a pas encore franchement été traduit dans les entreprises.

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