La croissance indienne a dépassé les 9% au 3ème trimestre, en rythme annuel. Jusqu'où peut aller l'économie du pays ? Décryptage avec Jean-Joseph Boillot, auteur de L'Economie de l'Inde, paru aux éditions La Découverte début 2006.
L'Inde passe la vitesse supérieure. L'autre géant asiatique a affiché une croissance bien meilleure que prévu au troisième trimestre : 9,2% en rythme annuel, un taux qui la rapproche des performances stratosphériques de la Chine. Et ce n'est pas près de s'arrêter. « On est dans la phase ascendante d'un cycle qui a commencé en 2001, explique Jean-Joseph Boillot, ancien Conseiller financier à l'ambassade de France à New-delhi. Puis la consommation a été relayée par l'investissement, pour l'essentiel des entreprises indiennes et non des entreprises étrangères ». Et de fait, celles-ci dégagent, trimestre après trimestre, des profits toujours plus élevés, notamment dans le secteur industriel qui tire désormais l'ensemble de l'économie, et dans celui des services. Signe des temps, les groupes indiens n'hésitent plus à s'élancer hors de leurs frontières pour avaler des concurrents occidentaux et acquérir des savoir-faire, à l'image du sidérurgiste Tata Steel, qui lorgne le britannique Corus. Au cours des neuf premiers mois de cette année, les acquisitions de sociétés étrangères ont ainsi dépassé les 7 milliards de dollars. Sur l'ensemble de 2005, elles s'étaient montées à 4,5 milliards seulement.
L'éclatante santé de l'Inde pourrait-elle tourner au vertige et, comme la Chine, connaître un risque de surchauffe? En fait, l'inflation est attentivement surveillée par le gouvernement, même s'il ne s'inquiète pas vraiment. Il vient de se fixer un objectif très ambitieux de 10% de croissance par an d'ici 2011. Pas complètement irréaliste, selon Jean-Joseph Boillot, pour qui « la croissance de l'Inde est d'autant plus solide que c'est un pays qui marche sur ses deux jambes : un capitalisme vibrionnant, et un socialisme incarné par un Etat-Providence qui ne fonctionne pas trop mal, notamment à l'égard des paysans qui sont les oubliés du cycle. De plus, cette croissance est certes inégalitaire, mais pas aussi excluante qu'en Chine. Elle engendre une redistribution implicite : le boom du bâtiment donne du travail aux ruraux, les classes moyennes embauchent du personnel de maison, etc. ». Même si un tiers de la population indienne vit toujours avec 1 euro par jour et que les créations d'emploi peu qualifiés restent insuffisantes pour absorber la population des campagnes, le nombre de personnes capables de profiter de la société de consommation, avec un revenu supérieur à 600 euros par personne et par mois, progresse de près de 10% par an. « L'Inde n'est plus un "pays pauvre", c'est véritablement un pays émergent », résume Jean-Joseph Boillot.

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