La nette victoire du non à près de 55% agrége des électorats très hétérogènes. L'analyse du vote permet de faire apparaître des tendances majoritaires et des évolutions entre la France qui avaient voté non à Maastricht et celle qui a refusé le traité constitutionnel européen.
A 54,87%, les Français ont massivement rejeté dimanche le traité constitutionnel européen. La réponse est d'autant plus nette que la participation de 69,74% - identique à celle de Maastricht en 1992 - place ce référendum parmi les scrutins qui ont le plus mobilisé depuis une dizaine d'années. Presque au niveau du premier tour de l'élection présidentielle de 2002, par exemple. Seules quelques régions échappent au raz-de-marée du non. Paris, avec un oui massif à 66%, l'Ouest de l'Ile-de-France, quasiment toute la Bretagne, où les résultats ont été toutefois plus serrés, le Nord de l'Alsace emmené par Strasbourg et Rhône-Alpes emmené par Lyon dessinent ainsi la carte des bastions pro-constitution. Dans le reste du pays, le non atteint des sommets en Picardie et dans le Nord-Pas-de-Calais (65%), dans le Languedoc-Roussillon et dans le Centre. Il est également majoritaire dans les zones rurales, et donc chez les agriculteurs.
Sociologiquement, on observe comme lors du vote sur Maastricht, mais de façon encore plus marquée, un rejet du texte européen par les classes populaires (à 66% par les employés et 71% par les ouvriers). La nouveauté vient de ce que le non a cette fois gagné les professions intermédiaires (57%). Seuls les cadres (67%) et les professions libérales (60%) ont approuvé le Traité. Mais surtout, ce qui frappe, c'est la méfiance manifestée par les jeunes vis à vis du choix européen qui leur était proposé. Le Non atteint en effet 62% chez les moins de 30 ans. Avec 52% en 1992, les moins de 25 ans avaient contribuer à faire basculer le scrutin dans le camp du Oui. Ces données sont à mettre en relation avec le rôle du niveau d'étude: jusqu'au niveau bac, on a voté majoritairement non. Au delà, plus on était diplômé, plus on a voté oui.
Politiquement, c'est le vote des sympathisants de gauche qui a principalement déterminé le sens du scrutin, même si sa composition est très hétérogène. D'après le sondage sortie des urnes de CSA, la gauche représente 57% du total des voix du non, l'extrême-droite 28%, la droite 15%. Et c'est à plus de 64% contre 36% que la Gauche rejette la Constitution. Avec, comme il y a 13 ans, la quasi-totalité des suffrages des communistes (92%), mais aussi 52% des socialistes et 61% des Verts. Il s'agit là d'un retournement majeur par rapport au vote pour Maastricht de 1992 que les sympathisants socialistes avaient approuvé à une écrasante majorité (76%), appuyé par les écologistes (favorables à 57%). A l'inverse, le vote favorable à la Constitution est dominé par le vote de la Droite, qui se prononce globalement à 79% pour le texte. La conviction des proches de l'UMP (84%) y apparaît aussi forte que celle des europhiles traditionnels de l'UDF. C'est un autre « virage » par rapport à 1992 où les électeurs du RPR avaient nettement voté contre Maastricht, à 69%.
Sur le fond, le vote aura été marqué par l'indécision puisque 9% des électeurs ont fait leur choix le jour même du vote, et près d'un quart, "au cours des derniers jours". Mais ce qui marque, c'est la différence des motivations entre les "nonistes" et les "ouiouistes". Les thématiques proprement européennes sont ultra-dominantes chez ces derniers alors que les problématiques nationales ont beaucoup, voire majoritairement compté, chez les premiers. Ainsi, d'après l'enquête de CSA, le premier enjeu pour les partisans du oui, à 51%, a été "la place de l'Europe dans le monde" - un thème qui n'a recueilli que 4% chez les "nonistes" ! - suivi par "la place de la France dans l'Europe" (37%). Parmi les motivations du non, le sujet déterminant pour une majorité des électeurs aura été "la situation sociale en France", citée par 55% d'entre eux. Vient ensuite "le contenu du texte de la Constitution européenne", par 23%. Soit cinq points de plus que les "ouiouistes". Un chiffre qui confirme l'intensité de la campagne électorale, qui ne s'est pas faite, loin s'en faut, sur des thèmes "parasites" extra-constitutionnels. L'hétérogénéité du non peut toutefois se lire dans l'importance donnée à "l'entrée possible de la Turquie dans l'UE", cité par 20% des électeurs nonistes (contre 7% chez les "oui"). A noter enfin que "les orientations, libérales ou sociales, de la politique européenne", ont été déterminantes pour 17% des électeurs du non.

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