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Intelligence économique: les raisons du retard français

Thomas Bronnec -  22/11/2004 12:23:00  - L'Expansion.com 
 
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Expression de la défense des intérêts nationaux, l'intelligence économique a dû mal à s'accorder avec la philosophie et certaines règles de l'Union européenne. Ce qui explique en partie le retard de la France - et de l'Europe - sur les Etats-Unis.

Il semble que, depuis le fiasco Gemplus, la France ait fait quelques progrès en matière d’intelligence économique. Les affaires Saft et Arisem, dans lesquelles l’Etat est intervenu à temps pour éviter un pillage des technologies françaises, sont révélatrices d’un changement d’état d’esprit. Il y a toutefois encore pas mal de chemin à faire. Dans son intervention à l’Assemblée nationale, le 2 novembre dernier, lors du débat sur le budget, Bernard Carayon a ainsi mis en évidence quelques couacs récents. Notamment celui qui a vu la DGSE, qui recherchait un logiciel d’analyse de l’information, faire appel aux firmes anglo-saxonnes Autonomy et Verity, accentuant ainsi « la dépendance technologique de nos services ». Dans ce contexte, l’accélération de la mise en place d’un dispositif complet d’intelligence économique, véritablement piloté par l’Etat, et annoncée par Alain Juillet pour LExpansion.com, est pour le moins bienvenue.  

La nomination, à Bercy, le 19 octobre dernier, d’un délégué général à l’intelligence économique s’inscrit dans ce dispositif. Nicolas Sarkozy a confié à François Asselineau, qui dirigera à terme une équipe de quinze personnes, la délicate mission d’aider l’Etat à « affiner sa stratégie industrielle, économique et commerciale ». Une tâche que ce proche de Charles Pasqua entend mener à bien en fournissant une « analyse dépourvue d’angélisme et de naïveté sur le comportement des nations du monde entier ». Y compris, donc, sur les partenaires européens de la France. Car François Asselineau rappelle que, dans son acception anglo-saxonne, « l’intelligence économique ne se comprend que pour défendre des intérêts nationaux ».

Cet eurosceptique convaincu rappelle à l’envi les nombreuses alliances nouées par des entreprises françaises avec des sociétés extra communautaires : Renault et le japonais Nissan, Thomson et le chinois TCL, ou encore Air France et son réseau mondial Skyteam, où ne figurent ni l’allemande Lufthansa, ni la danoise SAS, mais qui comprend l’américaine Delta Airlines et la Korean Air. Pour lui, la construction de l’Europe telle qu’elle se fait actuellement répond à une « vision de long terme », tandis que l’intelligence économique doit, elle, « se fonder sur les faits actuels ». Deux notions qui seraient donc quasi antinomiques. 

Il est vrai que, jusqu’ici, l’Europe a plus souvent été un obstacle qu’un atout. Ses règles interdisent par exemple de singer la très efficace politique américaine d’intelligence économique. Ainsi, la constitution d’un fonds d’investissement de type In-Q-Tel, qui Outre-Atlantique est géré par la CIA et investit dans des centaines de start-up prometteuses, serait assimilée à des subventions déguisées. En fait, comme le souligne Bernard Carayon, l’UE s’est « construite sur la base d’une politique concurrentielle rétive à la constitution de champions nationaux ou communautaires ». De même, l’absence de stratégie industrielle européenne produit parfois quelques mauvaises surprises, comme le rachat d’ACom par Intel. Cette société venait de mettre au point un nouveau type de microprocesseur grâce à des financements communautaires, juste avant de se faire avaler par le géant américain des puces électroniques. Ce qui s’appelle, selon Bernard Carayon, « être cocu et payer la chambre ». 

L’Europe, pourtant, est peut-être en train d’évoluer. Certains, à Bruxelles, ont pris conscience de la nécessité de faire évoluer le concept d’ « abus de position dominante », souvent interprété de manière trop restrictive. Ainsi, le 1er novembre dernier, Günther Verheugen, qui sera en charge de l’Industrie dans la nouvelle Commission européenne, a affirmé au Handelsblatt, que « nous avons besoin de leaders mondiaux supranationaux en Europe » et que « nous devrions prendre davantage en compte dans nos décisions de concurrence les unions qui rendent les entreprises plus fortes et plus puissantes mondialement ». Reste que Neelie Kroes, qui succèdera à Mario Monti à la concurrence, adopte une position plus nuancée. Elle avait ainsi affirmé lors de son audition par les députés européens qu’il ne « serait pas acceptable qu’une concentration protège un champion national de la concurrence sur son marché d’origine ».

De son côté, Alain Juillet se dit persuadé que « d’ici dix ans, il y aura une intelligence économique européenne ». Selon lui, la multiplication des entreprises européennes, dont le meilleur exemple reste EADS, « obligera à créer, en dehors des domaines de souveraineté, de plus en plus de passerelles et d’échanges entre les responsables nationaux de l’intelligence économique ». Cette évolution rendrait alors nécessaire une coordination plus grande entre les Etats, qui à terme devra être pilotée par la Commission elle-même. Une nécessité pour éviter à l’UE d’être « squizzée » par ces « alliés objectifs » que seraient les Etats-Unis et la Chine, évoqués par Jean-Louis Gergorin, vice-président du constructeur aéronautique, lors d’une conférence organisée par l’Electronic Business Group le 21 octobre dernier.    

 
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