Le procès Khodorkovski qui se profile au printemps a eu raison de la fusion à 36 milliards de dollars qui devait donner naissance au quatrième groupe pétrolier au monde.
Ce devait être le mariage du siècle en Russie. Ce sera juste une alliance rompue, avant même qu’elle ne soit officiellement consommée : Ioukos et Sibneft, les deux géants du pétrole russe, ont en effet enterré aujourd’hui mardi leur projet de fusion à 36 milliards de dollars annoncé en fanfare en avril dernier. Un projet qui était de toutes façons gelé depuis deux semaines. La séparation se fera a priori à l’amiable, sans qu’aucune compensation ne soit versée pour l’une ou l’autre des deux parties.
Selon Reuters, Ioukos réclamerait toutefois environ 1 milliard pour prix du dédit de son " partenaire ". Mais il est fort à parier qu’il n’en soit rien, car " le préjudice pèse tout autant sur Sibneft, qui a vu son titre fléchir de 21% en moins de deux mois, note Irina Tchoumatchenko, manager-associé de Next Russia, un cabinet spécialisé dans les fusions-acquisitions et le financement en Russie. En attendant, Ioukos, dont les actions se sont également effondrées (-38%) restituera les titres Sibneft, soit 92% du capital de ce dernier, lequel rétrocèdera en échange les actions Ioukos (26%), sans oublier les 3 milliards de dollars en cash.
Sur le fond, l’échec du rapprochement entre ces deux mastodontes était prévisible sinon inéluctable. Car cet échec est avant tout celui d’un homme et non d’un système, quand bien même celui-ci tarde à se normaliser en respectant les fondamentaux : Mikhaïl Khodorkovski, l’ancien PDG de Ioukos, le maillon faible du système non-centralisé actuel, aujourd’hui poursuivi pour " escroquerie " et " évasion fiscale à grande échelle ". Pour Irina Tchoumatchenko de Next Russia, le plus gros oligarche du pays a tout simplement failli " parce qu’il n’a pas respecté le pacte de stabilité interne conclu lors de l’avènement de Vladimir Poutinine. En substance, les nouveaux mastodontes économiques ne devaient pas interférer dans les affaires politiques. Or, Khodorkovski a franchi la ligne défendue ".
Maintenant, quelles peuvent les conséquences de l’affaire ? Sur le plan politico-judiciaire, l’ex-patron de Ioukos risque dix ans de réclusion, qui pourraient lui être infligé à l’issue d’un procès public spectaculaire, probablement à la " fin mars " avance-t-on chez Next Russia. Sur le plan économique, le divorce entre Ioukos et Sibneft ne devrait en revanche guère pénaliser le complexe pétrolier local. A preuve, le secteur suscite toujours toutes les convoitises, dont celle des Américains (ExxonMobil et Texaco en tête) mais aussi celle des Français, via Total (mais cela " risque d’être un peu cher pour le groupe tricolore " explique-t-on encore au sein de ce cabinet de conseil).
Et puis, la bataille pour l’or noir russe (dont les réserves stratégiques courraient dit-on sur quatre-vingt ans) n’est jamais que la partie émergée de l’iceberg de la dérégulation russe. Le complexe forestier est lui aussi l’enjeu d’une âpre compétition entre deux groupes oligarchiques, Ilim Pulp Entreprise et Basic Element du milliardaire Oleg Derispaska, avec en toile de fond les géants mondiaux tels International Paper prêt à bondir sur leur proie. Idem enfin pour les chemins de fer ou encore le complexe de l’aluminium, avec là encore une société piloté par Oleg Deripaska, Rusal, face à Sual, une firme qui vient de s’allier avec Templeton.

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