Cette filiale du géant égyptien Orascom s'est imposée comme le leader incontesté de la téléphonie mobile. Parmi les 2,7 millions d'Algériens qui possèdent aujourd’hui un portable, 2,3 millions sont abonnés chez Djezzy !
En apparence, c’est un immeuble banal. Une barre de sept étages, plantée dans un terre plein, à deux pas de l’aéroport Houari Boumediene. Mais à Alger, tout le monde connaît cette adresse. Le siège de Djezzy, le premier opérateur de téléphonie mobile, est maintenant une référence incontournable du paysage de la capitale.
Deux ans et demi après son lancement, en février 2002, cette filiale du géant égyptien Orascom, s’est imposée comme le leader incontesté sur ce nouveau marché. Parmi les 2,7 millions d’Algériens qui possèdent aujourd’hui un portable, 2,3 millions sont abonnés chez Djezzy !
Djezzy, c’est aussi un nouveau visage de l’entreprise en Algérie. En se promenant dans le couloirs du siège, on se croirait plutôt dans une MJC ! Ici, la décontraction est de rigueur et la jeunesse une norme. La moyenne d’âge des 1 500 employés dépasse à peine les 30 ans. Y compris dans la direction. Hassan Kabbani, le directeur général libanais a 37 ans et son compatriote, André Barakat, le numéro deux de l’entreprise, n’en a que 33. Autre originalité : deux-tiers de salariés sont des femmes. Coiffée ou non d’un foulard, on les retrouve à tous les échelons. Dans les salles ultra-modernes du call-centre, le premier du pays, ouvert 24/24 heures. Et aussi dans la hiérarchie, où deux d’entre elles occupent les fonctions de directrices.
Les critères de recrutement sont particulièrement exigeants : Bac + 2 minimum et la maîtrise parfaite d’au moins trois langues (arabe, français et anglais). Quant aux salaires, ils sont nettement au-dessus de la norme et démarrent à 25 000 dinars par mois (300 euros). Soit nettement plus qu’un médecin débutant ! Autant dire que dans un pays où plus de la moitié des jeunes est au chômage, Djezzy fait rêver. Les candidatures pullulent mais la sélection est finalement assez rapide. André Barakat dit avoir été frappé par les importants écarts de niveaux d’instruction. " Dans les autres pays de la région, relève-t-il, la plupart des jeunes sont dans la moyenne. Ici, en Algérie, les contrastes sont plus accentués. On a tendance à trouver une population soit illettrée, soit très qualifiée ".
Le succès rencontré par Djezzy va bien au-delà de la simple réussite commerciale. Dans cette Algérie isolée du monde pendant sa sanglante guerre civile de dix ans, Djezzy est quasiment devenu un symbole. Celui d’un pays qui a soif d’échanges et de modernité après une décennie de repli. Avec la parabole - un décor désormais incontournable des immeubles algériens -, le portable incarne cette envie d’ouverture au monde. Ce retour à la normalité.
L’arrivée du portable, c’est aussi une énorme bouffée d’air dans un système sclérosé. Une forme de revanche sociale. Comme dans de nombreux anciens pays socialistes, l’accès au téléphone était jadis un luxe en Algérie. Un rare privilège. Il n’y avait que 1,5 millions de lignes fixes en 2001 dans un pays de… 32 millions d’habitants !
Avec un forfait de base de 2 900 dinars par mois (30 euros), la percée de Djezzy a été fulgurante. Depuis son arrivée sur le marché, l’opérateur a doublé son nombre d’abonnés chaque année. Idem pour son chiffre d’affaires qui s’établit à 300 millions de dollars pour les six premiers mois de 2004. Son réseau, doté de 4 000 points de vente à travers le pays, couvre désormais 80% de la population. L’entreprise a même commencé à poser une liaison fibre optique sous-marine pour relier Marseille, où réside une forte communauté d’origine algérienne.
Pourtant, les débuts ont été plutôt mouvementés. " Le fait qu’un opérateur égyptien remporte l’appel d’offres pour une deuxième licence de téléphonie mobile face à France Télécom a fait grincer beaucoup de dents " se souvient un employé. Sur le papier, il n’y avait pourtant pas photo. Orascom proposait 737 millions de dollars contre 422 millions de dollars avancés par Orange. Avec les travaux d’infrastructures (antennes relais, distributeurs, etc), le coût de l’opération s’est élevé à 1,7 milliards de dollars. C’est-à-dire, l’un des plus gros investissement étranger en Algérie depuis l’indépendance du pays en 1962 ! Mais la réaction initiale fut assez houleuse. " Pendant un an, nous avons été à la une des journaux tous les jours, raconte un cadre. On nous soupçonnait d’être un cheval de bataille du président de la république ". " On s’est retrouvé bien seul ", confie un des dirigeants.
Avec le succès commercial, les critiques se sont progressivement atténuées. Mais la situation est pourtant loin d’être réglée. Trois ans après son arrivée, Djezzy attend toujours le permis la licence pour se construire un vrai siège, aujourd’hui éclaté sur plusieurs sites. Les banques algériennes se font tirer l’oreille pour débloquer les prêts consentis. Autant d’obstacles que la direction s’empresse pourtant de relativiser ; " le contexte algérien, qui peut agresser un européen, est tout à fait normal pour un égyptien !".

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