Adobe cherche à marier les navigateurs Internet et les applications traditionnelles dans une nouvelle génération de logiciels. Après les widgets de Google, Yahoo et Apple, les gadgets de Microsoft, le combat fait rage pour prendre pied sur le bureau des PC.
Adobe rallie le centre. Lundi, l'éditeur américain a mis en ligne la pré-version d'Apollo, une nouvelle plate-forme pour développer des applications de nouvelle génération, combinant les richesses d'Internet aux performances des logiciels traditionnels. De loin, Apollo rappelle les widgets (ou gadgets), ces modules popularisés par Apple, Yahoo, Google et Microsoft, grâce auxquels on dispose en permanence sur son bureau, sans avoir à ouvrir un navigateur, d'informations tirées d'Internet : cours de Bourse, météo, etc. Comme les widgets, les applications Apollo sont légères et se développent avec des langages populaires sur Internet : l'HTML, le JavaScript, l'Ajax, mais aussi – Adobe oblige – le Flash et le récent Flex. Mais l'initiative se veut bien plus ambitieuse : les nouveaux logiciels fonctionnent sur Windows, Mac OS X et bientôt Linux et s'intègrent aux technologies des systèmes d'exploitation, permettant par exemple le glisser-déposer. Résultat, ils devraient être bien plus complets que les widgets.
Adobe n'est pas le seul à chercher la réconciliation entre le monde en ligne et hors ligne. C'est même devenu l'une des grandes tendances de l'informatique. Dans le jargon des développeurs, cette « troisième voie » a d'ailleurs un nom. On parle des Rich Internet Applications, qui peuvent le plus simplement prendre la forme de véritables applications dans les navigateurs Internet. C'est ce que propose Google avec sa suite bureautique Google Apps, dont les fonctionnalités et l'ergonomie s'inspirent de Microsoft Office. Problème : une fois déconnecté, il devient impossible de travailler. Constatant ces limites, Adobe a donc entrepris le développement d'Apollo, un environnement qui ne dépend plus du navigateur Internet. Dans ces nouvelles applications, un internaute peut accéder à ses ventes sur eBay ou aux sorties de films sur Allociné. Puis procéder à des recherches, même déconnecté, grâce à la synchronisation automatique des bases de données.
Si Adobe compte sur le succès de Flash pour se positionner sur ce nouveau terrain, les positions sont loin d'être figées. Les navigateurs Internet qui ont jusqu'à présent largement profité des développements des RIA se perfectionnent pour ne pas risquer de se retrouver marginalisés. Ainsi, Firefox devrait prochainement permettre d'exécuter lui aussi des applications hors ligne. Les éditeurs de widgets améliorent régulièrement leurs créations pour empiéter sur les plates-bandes des éditeurs de logiciels traditionnels, à l'image de Google Desktop sur PC. Signe de l'importance de la bataille, Microsoft est également de la partie. Sa récente technologie Windows Presentation Foundation/Everywhere permet de développer des applications riches pour Windows et Mac OS X. Une manière pour le géant des logiciels, qui a toujours affirmé que le navigateur Internet ne remplacerait pas les applications, de garder son emprise sur le bureau.

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