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Le combat perdant des majors contre le P2P

Laurent Barbotin -  06/01/2005 13:01:00  - L'Expansion.com 
 
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La victoire récente obtenu par les studios de cinéma contre le réseau BitTorrent pourrait n'être que provisoire. Comme par le passé, d'autres systèmes se profilent déjà. Or si la répression est inefficace, elle comporte aussi des risques...

C'est un coup sérieux que vient de porter la Motion Picture Association of America (MPAA) au réseau BitTorrent. Contrairement aux systèmes d'échange décentralisés comme KaZaa, eDonkey ou Gnutella, le fonctionnement de celui-ci repose en effet sur l'existence de quelques serveurs permettant de localiser les fichiers. Or, en lançant des poursuites contre les gestionnaires d'une centaine d'entre eux dans le monde entier, les grands studios de cinéma américains ont obtenu leur fermeture, enrayant l'essor du réseau « peer to peer » (P2P) le plus dangereux du moment. BitTorrent rencontrait un formidable succès en raison de sa capacité à échanger rapidement de très gros fichiers — comme des versions de Linux, des démos de jeux, mais surtout des films et des feuilletons télé. Au point que selon le cabinet britannique CacheLogic, il monopolisait déjà en juin dernier plus de la moitié de tout le trafic P2P et jusqu'à 35% du trafic mondial de l'Internet !

La victoire de la MPAA est cependant loin d'être définitive. En premier lieu, certains serveurs attaqués, comme LokiTorrent, ont décidé de se battre contre la décision et lancé une souscription pour financer leurs frais de justice. Il leur a suffi de quelques jours pour réunir plus de 35.000 dollars ! Mais surtout, un nouveau logiciel permettant au réseau de fonctionner sans ces fameux serveurs serait déjà en phase finale de test : baptisé eXeem, ce nouveau cauchemar de l'industrie du divertissement combinerait les avantages de BitTorrent et ceux de KaZaa.

Ce nouvel épisode de la guerre que se livrent depuis cinq ans internautes et majors ne devrait donc pas apporter davantage de solution au problème que la fermeture de Napster en 2001. Les fortunes investis par les industriels dans la lutte contre cette hydre à mille têtes n'ont servi à rien : les réseaux de P2P consommeraient jusqu'à 80% de la bande passante de l'Internet, selon CacheLogic ! Ils demeurent à n'en pas douter l'une des principales motivations des consommateurs qui investissent dans une ligne à haut débit.

Il y a quatre ans, presque jour pour jour, Pascal Nègre, le patron d'Universal Music déclarait à L'Expansion : « Nous sommes en 2001 et je suis confortablement assis dans mon fauteuil, sans flipper le moins du monde pour l'avenir de nos maisons de disques. Savez-vous pourquoi ? Découvrir de nouveaux talents, financer, produire, enregistrer et promouvoir de bons disques, c'est un vrai métier qui ne s'apprend pas en deux jours sur Internet ».

Cinq ans plus tard, faute d'avoir su s'adapter à une nouvelle donne technologique, les majors en sont réduites a s'en prendre aux internautes. Un instituteur de 28 ans, coupable de trop aimer la musique, saura ainsi au début du mois de février si la sanction qui lui sera infligée aura valeur d'exemple. On doit cependant se demander si des entreprises qui déploient tant d'effort pour persécuter ceux qui devraient être leurs clients n'ont pas perdu leur raison d'être.

 
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