« L'Expansion » révèle les nouveaux choix des internes parisiens qui délaissent les spécialités contraignantes.
Les médecins n'en reviennent pas : les meilleurs internes des hôpitaux boudent la chirurgie. Longtemps considérée comme la spécialité noble entre toutes, elle est peu à peu délaissée, surtout depuis six à sept ans. Pour la première fois cette année, la chirurgie orthopédique a attiré moins d'internes qu'il n'y avait de postes proposés. Rien que sur Paris et la région parisienne, une cinquantaine de stages d'internat n'ont pas trouvé preneur en 2003, dont une dizaine en chirurgie osseuse, une vingtaine en chirurgie viscérale. Même la chirurgie cardio-thoracique, rendue mythique par le Pr Cabrol, a des places vacantes. « Dans ma génération, nous étions 80 % à choisir la chirurgie », constate Charles Msika, 54 ans, porte-parole de la Société française de chirurgie orthopédique et traumatologique. En revanche, la neurologie, la radiologie et la dermatologie ont fait le plein d'internes pour le semestre qui a débuté au mois de novembre. C'est toute une démographie médicale qui évolue. Pas forcément dans le sens des besoins de santé ! Cette crise des vocations qui touche aussi l'anesthésie ou l'obstétrique a des causes anciennes, aggravées par des évolutions récentes. La longueur des études médicales, puis une pratique contraignante en termes d'horaires, de disponibilité et de responsabilités font réfléchir plus d'un jeune diplômé. « D'autant que le différentiel de rémunération avec des spécialités moins lourdes n'est pas assez significatif », explique Charles Msika.
Depuis 2002 et la loi Kouchner sur le droit des malades, le malaise est monté d'un cran. La peur des procès a conduit à une explosion du prix des assurances. En chirurgie, les primes annuelles, qui étaient de 4 500 euros il y a deux ans, frisent aujourd'hui les 20 000 euros. Cette tendance est la même pour les gynécologues accoucheurs.
La mise en oeuvre des trente-cinq heures à l'hôpital a fini de souligner le manque cruel de blouses blanches. Au point que le Conseil de l'ordre des médecins a lancé un cri d'alarme, annonçant une catastrophe sanitaire en 2015, si le numerus clausus n'est pas augmenté.
Le gouvernement vient de lancer une série d'initiatives pour améliorer les conditions d'exercice et étoffer les troupes. Des discussions ont été engagées avec les assureurs, des postes supplémentaires ont été ouverts, notamment en pédiatrie, anesthésie et obstétrique. Un Observatoire de la démographie a vu le jour au printemps, avec pour mission de détecter les besoins présents et futurs, en nombre de médecins et en spécialités, région par région.
Il y a encore dix ans, les économistes s'alarmaient d'une France qui comptait « 20 000 médecins en trop », rappelle opportunément le Centre de recherche sur l'économie de la santé. Entre-temps, la donne a changé. A un bout de la chaîne, beaucoup de praticiens ont opté pour le système très incitatif de retraite anticipée. A l'autre bout, la nouvelle génération s'est démarquée de ses aînés, en plébiscitant le travail à temps partiel. Pas facile, donc, de piloter le système, en faisant venir une relève suffisante pour une France qui vieillit, en la répartissant harmonieusement entre les régions et les spécialités.
Les chirurgiens, eux, dont l'âge moyen en exercice est de... 57 ans, attendent impatiemment les nouvelles recrues. Ils espèrent qu'elles choisiront toutes les filières et pas seulement, comme c'est souvent le cas, les plus lucratives et les moins tributaires des urgences : la chirurgie plastique et la chirurgie maxillo-faciale.


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