Le spam constitue une nuisance pour tous les internautes, et notamment pour les professionnels du marketing direct. Outre-Atlantique, Yahoo et AOL viennent de proposer une solution : facturer les emails. Un symbole vacille…
En 2005, 135 milliards d'emails se sont échangés quotidiennement dans le monde dont 67% de spams. Cette année, le trafic mondial devrait augmenter de 26,6%. D'ici trois ans, estime le Radicati Group, 331 milliards de messages électroniques devraient transiter chaque jour dans le monde sur Internet, dont 228 milliards de courriers indésirables… Ridicule et insupportable pour les internautes comme vous et moi, mais aussi pour les professionnels du marketing direct qui, dans ce foutoir indescriptible où se côtoient porno, pharmacie et logiciels, essaient tant bien que mal d'atteindre leurs clients. Confrontés à ce problème, les services de courrier électronique ont installé des systèmes anti-spams. Ces barrages filtrent beaucoup de choses. Parfois trop. D'honnêtes newsletters, comme celle que vous êtes en train de lire, en sont parfois victimes!
De toute évidence, l'impact des campagnes d'e-mailing, comme la délivrance effective d'offres ou de messages commerciaux légaux à leurs destinataires deviennent de plus en plus aléatoires. Il n'est pas rare de voir des courriers commerciaux pour lesquels l'internaute a donné son accord atterrir dans la boîte de spams. On estime généralement entre 15% et 20% le nombre de ces messages marketing légaux qui ratent leurs cibles. Une étude récente réalisée par le cabinet Jupiter Research évalue cette année à 107 millions de dollars les opérations de marketing direct autorisées qui finiront par échouer dans les boîtes réservées aux pourriels.
L'idée d'assainir ce marché ne date pas d'hier. Aux Etats-Unis, Microsoft ou l'opérateur Verizon se sont attaqués au problème. Sans grand succès. Aujourd'hui, Yahoo et AOL testent une autre approche, avec un nouvel acteur, sorte de tiers de confiance certifiant l'intégrité de l'émetteur et l'acheminement de son message électronique. En l'espèce, le tiers de confiance s'appelle Goodmail Systems, entreprise californienne créée en 2003 par Richard Gingras. L'idée ? Assurer aux destinataires l'authentification d'un message à l'aide d'une icône associée aux mails s'affichant à l'ouverture de la boîte. Cet ancien d'Apple souhaite restaurer confiance et fiabilité dans la messagerie électronique en assurant aux émetteurs, gros consommateurs de bases de données d'emails, la garantie que leur courrier sera bien délivré à leurs destinataires, moyennant un "péage" de 0,25 cent (soit 0,84 euros) par message. A l'échelle des campagnes de marketing direct, ce business pourrait bien devenir très lucratif…
Les clients triés sur le volet par Goodmail Systems et qui ont choisi cette option disposent en retour d'une crédibilité auprès des webmails, Goodmail leur reversant au passage une large part des revenus engrangés à cette occasion. Pour l'instant, seuls les Etats-Unis et le Canada, bénéficient de ce programme de tests. "Il n'y aucune volonté de lancer un tel service ni en France, ni en Europe. Et aucune réflexion en ce sens", assure-t-on chez AOL France. Yahoo offre un point de vue un peu plus nuancé et attend les résultats de l'expérience américaine. A cet égard, Yahoo préfère parler de mails certifiés plutôt que de mails recommandés. Une nuance importante si l'on en vient à comparer le système proposé par Yahoo ou AOL à celui mis en place en France par La Poste. Dans ce dernier cas, La Poste joue également un rôle de tiers de confiance en authentifiant juridiquement l'émetteur, le lieu et la date de dépôt d'un recommandé sous forme électronique, mais La Poste transforme ensuite ce mail en un document papier avant sa remise au destinataire. Pour autant, La Poste ne cache pas avoir entamé une réflexion sur le tout électronique.
En attendant, cette tentative risque de balayer l'un des derniers symboles historiques du Net : la gratuité du mail. Mais cette gratuité, en ouvrant la porte à la publicité légale et illégale, est bien à l'origine des problèmes auxquels le courrier électronique se trouve confronté aujourd'hui. Des problèmes qui occasionnent des coûts, en temps, et en investissements. Alors, la solution passe-t-elle par une taxation, un "affranchissement" des courriels commerciaux ? Faut-il mettre en place les emails payants ? La question reste posée.

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